En négociation avec la dépression.

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La phase la plus dure à supporter pour ma part dans la bipolarité (anciennement appelé trouble maniaco-dépressif) est la phase dépressive. Chez moi elle peut durer entre 1 à 6 mois.

Elle coïncide avec l’hiver, novembre et décembre étant les mois les plus difficiles à supporter.Etant donné que la météo influence les humeurs, pas besoin d’être un scientifique pour remarquer qu’on est de meilleure humeur l’été et qu’on fait la gueule quand il fait gris ! Chez le bipolaire, la sensibilité étant accrue, l’humeur va être plus atteinte. D’ailleurs, la bipolarité, on appelle ça une maladie mentale, psychiatrique, on souffre « de troubles de l’humeur » car les humeurs sont exagérées et peuvent retentir au quotidien et gêner une vie dite « normale ».

Par exemple, pour le moment j’ai tenu bon : j’ai été diplômée de mes études et j’ai travaillé l’été. Ceci malgré le diagnostic, la crise maniaque de juin 2014 et la longue dépression qui s’est terminée un an après, en juin 2015. Je me suis préparée à l’hiver cette fois-ci, car je commence à me connaître. Tout allait bien puis ça a commencé à dérailler. Actuellement ce qui me fatigue énormément dans cette dépression évasive, c’est la négociation avec moi-même quasiment tous les matins. Personne n’aime se lever, on est d’accord là-dessus, on appuie sur le réveil plusieurs fois, on maudit la journée à venir… Pour ma part, avant l’âge de mes 17 ans, j’ai toujours été une fille plus joyeuse que la moyenne, ne connaissant aucun mouvement de tristesse, riant toute la journée et énergique.

Je n’explique toujours pas comment j’ai pu développer depuis 9 ans une alternance de dépressions et de trop-plein d’énergie. Avant, je me levais sans y penser ! Adolescente, j’allumais la radio à fond, j’écoutais les blagues des animateurs radios qui commençaient à me faire rire et desquels j’allais m’inspirer pour la journée, je prenais ma douche… Le matin je pleurais souvent car ma mère et certainement mon frère présentent des troubles de l’humeur et déversaient sur moi leur mauvaise humeur jusqu’à que j’en pleure. Ce moment-là c’était plutôt au lycée, mais arrivée au lycée je reprenais mon énergie débordante et mes conneries à longueur de journée. Bref, je crois que j’aimais vivre sans (trop) me poser de questions et surtout sans idées noires. Le matin aujourd’hui, je le redoute. Je ne sais jamais dans quel état je vais me lever. Et surtout, si je vais me lever. Chaque jour où je me lève je considère cela comme une bénédiction. Parfois il m’arrive pendant 2 heures de négocier mon lever.

Par exemple, ce matin, j’ai tout mis en place : vêtements préparés à l’avance, réveil mis une heure et demi à l’avance du départ, T. dormant avec moi, petit déjeuner sympathique en vue… Reprise du boulot en alternance pour moi aujourd’hui. J’ai un patron sympathique, un boulot intéressant et plutôt bien adapté à ma personnalité.

Pourtant, je commence le monologue intérieur.

«  Allez L. pourquoi tu ne te lèves pas ? Tu as bien dormi cette nuit, tu n’es pas fatiguée, tu as juste à donner cette impulsion qui te sors de ton lit et le reste découle seul. Tu es obligée d’y aller, sinon tu vas foutre encore une fois ta vie en l’air. Allez, c’est pas si terrible quand même, on te demande juste de te lever… Tu le faisais si bien avant ! Et il t’arrive encore de te lever sans y penser, donc c’est que c’est possible. C’est un moment dur à passer, mais vois-tu la lumière au bout du tunnel ? Non, tu ne la vois pas… Bon eh bien lève-toi quand même. Tu sais que ta journée va plus ou moins bien se passer, que redoutes-tu ? Ah oui, beaucoup de choses. Ne pas être à la hauteur, être fatiguée, ne pas comprendre les sautes d’humeur du patron et les prendre pour toi, ne pas savoir quoi faire ni comment le faire, ne pas savoir si c’est ce métier là que tu veux faire, oh et puis tu n’es jamais contente car tu ne trouves aucun métier qui te convient… Tu fais chier tu as tous les moyens pourtant ! Et tes proches, tu y penses ? Allez, lève-toi pour ta mère, pour tes amis, pour T. qui dort à côté de toi. Tu aimes passer des moments avec lui, hein ? Oui, oui. Eh bien si tu restes croupir chez toi sans rien faire de ta vie, tu risques quand même d’avoir un décalage avec la société. Tu as du mal à supporter la société, certes, mais tu as envie même si tu souffres du contact des autres, du stress, de l’illogisme que représente pour toi tout ce qui t’entoures, tu as encore envie d’avoir ta place là-dedans. Ou alors petit à petit tu te laisses sombrer et c’est peut être pour cela que tous les jours tu as l’impression de devoir négocier de plus en plus et finir par être à court d’arguments. Et quand tu restes couchée, tu perds, tu n’arrives même pas à dormir puisque le stress t’envahit et tu penses à toutes les conséquences de ton absence qui en plus d’être pénalisante pour un apprentissage, est pénalisante socialement. Quand tu reviens, l’hostilité est accrue de la part de tous.

Ils te disent tous « c’est difficile pour tout le monde de se lever ».

Tu en es consciente. Mais je crois pas que tous négocient et se fatiguent chaque matin avec un monologue intérieur qui finit souvent par une logique à tendance suicidaire avec l’argument massue : « pourquoi faire tant d’efforts alors qu’on finit tous par mourir. Tout ce que tu fais n’a aucun sens face à la mort, tu peux te foutre de tout, la vie ce serait seulement lutter constamment pour quelques moments de répit. Pas sûr que j’ai envie de le faire. »

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Une réflexion sur “En négociation avec la dépression.

  1. Je te comprends bien car c’est ce que je vis en ce moment … Mais ce matin y’a quand même eu du mieux. J’essaie de faire le tri dans mes pensées pas seulement le matin mais aussi dans la journée. C’est pas facile car les idées noires reviennent souvent au galop.
    J’espère que tu vas trouver le truc qui va t’aider à te lever et à te sentir mieux au réveil en tout cas 😉
    De la part d’une autre bipolaire 🙂

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