Le tabou des mots/maux : bipolaire, schizophrène, surdoué

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde  » Albert Camus.

Voici 3 mots qui sont depuis maintenant 3 ans, soit prononcé de ma part, soit en pensée.

Ils ne me quittent jamais, comme une vache qu’on aurait marqué au fer.

  1. Surdouée : diagnostic en 2013.
  2. Bipolaire : diagnostic en 2014.
  3. Schizophrénie : T. est entré dans ma vie en 2015

J’ai lu avant d’ouvrir mon blog des témoignages de personnes concernées sur des forums, blogs. J’ai discuté « en vrai » avec certaines. Il peut arriver que les personnes concernées « refusent » ces étiquettes. Les professionnels thérapeutes peuvent nous dire qu’on « se cache derrière ». Il peut arriver que l’entourage nous dise qu’on s’en sert comme une excuse. 

C’est ce qui m’est arrivé.

Le tabou des mots.

Je comprends toutes ces réactions pourtant je n’adhère pas. En effet, toute ma vie j’ai souffert plus ou moins car je n’arrivais pas à rentrer dans une catégorie, peu importe laquelle.

La pose de ces deux mots, me définissant en partie, a été salutaire. La recherche de sens est fondamentale chez moi : pourquoi est-ce que je suis différente ? Avoir été diagnostiquée, avoir été « nommée » ne me permet pas de le partager à autrui. Mais désormais, je peux me documenter, me rassurer, et ainsi trouver des moyens pour que je puisse m’adapter en fonction des données. Je peux savoir que je ne suis pas seule. Qu’il y a des personnes qui me ressemblent.

Nous sommes une personne à part entière, avant d’être un trouble, une étiquette.

Il existe des querelles pour choisir le terme adapté :

  • Douance : surdoué, haut-potentiel, zèbre, précoce…
  • Bipolaire : maniaco-dépressif, troubles de l’humeur, handicap psychique.
  • Schizophrénie : Bon là, je me suis moins renseignée. Ce serait le seul terme que je changerais. En effet, quand je dis « mon copain est schizophrène » les gens s’inquiètent pour moi, leur représentation est : il est dangereux, il a une double personnalité, il est fou, il va te tuer... J’ai beau expliquer son caractère doux, compréhensif, intelligent, amoureux, rien n’y fait, on garde en tête les films où ce sont des serial-killer. J’ai beau expliquer par du factuel (chiffres, études) qu’un schizophrène n’est pas plus dangereux qu’une personne normale, personne ne veut l’entendre.

Le tabou des maux.

Pourquoi ne pas appeler un chat un chat ? Un chat est un mammifère poilu qui fait « miaou »… Pour simplifier 🙂 Il existe des chats persans, des chats de gouttière… Mais un chat n’est pas un être humain. Mais chaque chat est différent d’un autre chat. Compliqué !

J’ai compris. Ce n’est pas le mot qui dérange. C’est le concept. J’aimais beaucoup la philosophie, mon professeur nous bien expliqué la notion de concept. Par exemple, il existe le concept de table. Tout le monde sait ce qu’est une table, et pourtant chacun a une représentation différente.

Alors la définition du trouble bipolaire : Autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, le trouble bipolaire fait partie des troubles de l’humeur auxquels appartient également la dépression récurrente (ou trouble unipolaire). C’est une maladie qui dans sa forme la plus typique comporte deux phases : la phase maniaque et la phase dépressive.

Soit. Je suis un humain, de sexe féminin, entre-autres. Présentant un trouble bipolaire.

Et alors ?

Camus disait :  » Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde « . C’est une nécessité que d’être précis dans le nom, les concepts. Alors je comprends que l’on pinaille. Je ressens, et je me trompe peut-être, une frilosité de beaucoup de personnes à s’apposer une étiquette, de peur qu’elle finisse par nous définir entièrement. Pourtant.

J’ai l’impression …. Que ce ne sont pas les mots qui sont tabous, mais la réalité qui se cache derrière et dont on a peur de parler.

Changement de sujet

J’ai entendu à la radio aujourd’hui quelque chose de fabuleux par une psychologue qui disait qu’un moyen d’aller mieux, c’est de « sublimer » nos traumatismes, d’en créer une valeur ajoutée. Quand je regarde autour de moi, ma meilleure amie est une comédienne formidable et créative par exemple et pourtant elle a traversé beaucoup d’épreuves personnelles. Ma sensibilité se retrouve dans l’écriture, je souffre de cette sensibilité mais je la transforme : écriture, projets, créativité… L’humain cherche toujours à donner un sens à ce qu’il vit.On n’est pas les seuls handicapés sur terre, il en existe tout un tas et sans parler des handicapés tout un tas de gens qui ont bien moins de conditions pour bien vivre. Pour autant si chacune des souffrances de chacun pouvait être sublimée, nous trouverions peut-être un autre sens à notre vie nous permettant de focaliser mieux sur le positif, « créer de la valeur ajoutée » comme a dit la dame psychothérapeute.

Je crois c’est ce que je fais avec ce blog, ça me fait du bien d’écrire et en toute tranquillité, au rythme qui me convient.

Je vous embrasse,

L.

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8 réflexions sur “Le tabou des mots/maux : bipolaire, schizophrène, surdoué

  1. Pingback: Chapitre 0 : Je suis… surdouée. | Blog d'une bipolaire, surdouée et d'un schizophrène

  2. Salut Vulcania, merci pour ton commentaire, je vais répondre à quelques-uns de tes arguments.

    – « Caser » divise plutôt que rassemble. » Je ne suis toujours pas d’accord, il existe des troubles différents avec des prises en charge différentes, pour côtoyer des personnes autistes, bipolaires, schizophrènes, avoir côtoyé des personnes aphasiques, dyslexique, etc. j’en passe, force est de constater que nous sommes libres et égaux en droit seulement mais différents par tellement de facteurs (génétiques, environnementaux, etc). Il faut bien donner un nom aux choses, je reproche au système non pas le mot choisi mais la réalité qui est impliquée derrière, les préjugés, l’image collective. Je ne vois pas en quoi j’ai à avoir honte ou peur d’être bipolaire, je le suis, peu importe qu’on appelle la case « chaussette ». L’hypersensibilité est selon moi ce qui nous relie, c’est une des caractéristiques qui relie également à la douance. Mais T. ne subit pas des variations d’humeurs telles que les miennes, et je n’entends pas au quotidien « la compagnie créole » dans ma tête 🙂 Donc si j’étais traitée pour mon hypersensibilité seulement on passerait sans doute à côté d’autres symptômes… Pour résumer, je pense qu’on tape dans le faux à vouloir s’en prendre au mot en lui-même plutôt qu’aux maux derrière et la réalité c’est que nous ne sommes pas une pathologie ambulante mais des êtres humains.

    « Ces diagnostiques psychiatriques ne m’ont pas permis de mieux connaître mes troubles, ni de pouvoir en prendre soin. » : Ah bon ? En tout cas le diagnostic m’a permis de mon côté de déclencher la consultation régulière chez un psychiatre à la recherche d’un traitement adapté, de contacter une psychologue spécialisée, de tomber sur le blog de W. où j’ai pu glaner un tas de conseils utiles, et enfin de lire des bouquins et de faire des recherches actives constamment sur l’origine et la prise en charge de ces spécificités. Si je n’avais pas été diagnostiquée, j’aurais galéré encore année après année à faire des dépressions, des manies, jusqu’à me compliquer la vie encore plus qu’elle ne l’est déjà. Ce n’est pas le diagnostic ni le mot qui permettent de mieux connaître son trouble, c’est un travail personnel qui n’engage que soi.

    « Mettre mes propres mots sur mes maux est ma valeur ajoutée » : Pour l’acceptation du trouble, si appeler la bipolarité par l’hypersensibilité te permet d’aller mieux dans l’acceptation de celui-ci, alors je suis 100% d’accord. Dans ma vision j’espère un jour que je pourrais dire « je suis bipolaire » ou bien « je suis surdouée » comme si j’annonçais une partie de mon caractère, un hobbie, un trait qui fait partie de moi, mais qui ne me définit pas entièrement 🙂

    Je ne soutiens l’association de W. qu’à cette condition, que le terme hypersensible regroupe tous les hypersensibles. Si c’était changer le mot bipolarité pour hypersensible, je lui dirai au départ que mon hypersensibilité vient en grande partie de ma douance, et qu’on peut être hypersensible sans être bipolaire. Mais je comprends qu’il soit rassurant de se regrouper sans exclure les autres pathologies, c’est ce que je fais avec T. et ce blog, nous avons la même hypersensibilité ce qui nous permet de nous retrouver, même si nos manifestations ne sont pas les mêmes.

    J’espère t’avoir mieux éclairée sur ce que je voulais dire 🙂 A bientôt.

    L.

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    • Bonsoir L,

      Merci pour tes éclaircissements.

      Pour ma part, l’essentiel de mon message que je souhaitais exprimer suite à ton article, est qu’il est selon moi très important de se définir soi-même troubles compris, avec les mots en cohérence avec sa pensée et ses ressentis, avant de se laisser définir par les autres.

      Être en accord avec ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait.
      C’est ce qu’on appelle la congruence et qui permet de se sentir si bien dans ses baskets et dans sa tête.

      Les mots sont plus puissants que l’on pense. Ils agissent sur la réalité.

      Pour le reste, je ne vais pas rebondir sur tout ce que tu as écris, car je ne suis pas prête d’aller me coucher 😉 et puis ce n’est pas le but ni le lieu.

      Je vais juste ajouter que l’hypersensibilité n’est pas une maladie pour moi mais une particularité cérébrale. Cette hypersensibilité englobe mes fragilités (mes troubles plus ou moins importants dont je prends soin), mais aussi certaines de mes capacités (empathie, créativité, analyse, intuition).

      Les perceptions de chacun seront différentes en fonction des expériences vécues et des croyances personnelles (je ne parle pas ici de spiritualité).
      Chacun a son propre chemin à parcourir… Le principal est que ce chemin se fasse dans la congruence 😉

      Céline.

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      • Je suis tout à fait en phase avec ce que tu as écrit, notamment avec la puissance des mots. Ce sera l’occasion d’en parler. Je ne catégorise pas l’hypersensibilité comme une maladie, et je n’ai même pas envie de le dire pour la bipolarité, la schizophrénie… C’est le dilemme de ce blog, utiliser ces termes car ils existent, on nous le pose dessus, mais qu’est la réalité derrière ? Possèdent-ils tous les éléments pour définir ? J’essaie de voir le positif en me disant qu’à leur place j’essaierai de définir comme je peux, faute de mieux. Le choix des mots est tellement important et peut être destructeur comme salvateur… J’essaie de montrer qu’on peut poser des mots sur nous, peu importe, on peut être plus « forts ». Tu peux rebondir sans problèmes, étant donné que je n’ai ni d’espace de forum ni d’e-mail à donner pour répondre, je serai à ce moment-là tentée de me consacrer uniquement au blog 🙂

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  3. Bonsoir L,

    Je prends enfin le temps de mettre mon commentaire sur cet article qui m’avait interpellé.

    Je pense qu’il est important que chacun définisse soi-même son identité, son vécu et ses troubles pour pouvoir se les approprier et vivre avec.

    Tous les noms psychiatriques des troubles mentaux sont tabous parce qu’ils sont stigmatisants et porteurs de peur sociale et de honte.

    Essayer de « caser » des troubles ne permet pas de faire avancer efficacement les recherches et créé encore plus d’exclusion. Les schizo d’un côté, les bipos de l’autre, les border-line de l’autre, les phobiques de l’autre etc.
    « Caser » divise plutôt que rassemble…

    Étant une éponge émotionnelle, j’ai demandé à participer à un atelier sur la gestion des émotions dans un CATTP, eh bien je n’ai pas pu y participer parce que cet atelier est réservé uniquement aux personnes ayant des troubles schizophréniques ! Quelle absurdité ! Comme si la gestion des émotions était une affaire de schizophrénie plutôt que de personnes !

    Avoir été mise dans la case « schizophrénie » puis « bipolarité » ne m’a rien apporté sinon une grande honte et donc un enlisement dans la maladie.
    Ces diagnostiques psychiatriques ne m’ont pas permis de mieux connaître mes troubles, ni de pouvoir en prendre soin.
    Schizophrénie, bipolarité, ça ne me parle pas, ça n’a pas de sens pour moi et en plus ça me dérange ! 😉

    Moi mon chat, je ne l’ai pas appelé « chat ». Je lui ai choisi un nom en fonction de l’animal que j’avais en face de moi et de ce que je commençais à connaître de lui.
    C’est parce que j’ai nommé personnellement mon chat que j’ai pu établir une relation amicale avec lui…

    J’ai donc décidé d’appeler mon deuxième chat « Hypersensibilité » et depuis ce jour, il ronronne…

    Redéfinir et renommer mes troubles en cohérence avec ce que je suis réellement, m’a enfin permis de les intégrer dans ma nouvelle identité.
    Aujourd’hui je prends soin concrètement de mon hypersensibilité, des troubles qui vont avec mais aussi des richesses.

    Mettre mes propres mots sur mes maux est ma valeur ajoutée.
    Un chemin vers le rétablissement s’est ouvert…

    Céline.

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  4. Je le lirai avec plaisir, merci, d’autant que je suis en attente depuis 2 ans de lire les récits de bipolaires à l’étranger, certaine de rencontrer déjà plus d’avancées. Le temps me manque mais au moins la trace restera écrite 🙂

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  5. Coucou L.

    Je pense à l’instant à un livre magnifique dont tu connais peut-être l’auteur : Kay Redfield Jamison, une psychiatre américaine qui a beaucoup apporté à l’étude de la bipolarité, et ce notamment pour la raison qu’elle en souffrait elle-même. Outre ses écrits universitaires ou de vulgarisation (notamment quant aux rapports entre cette « maladie » et la créativité) elle a fini par témoigner de sa propre expérience publiquement (et non sans mettre en jeu sa crédibilité auprès de ses pairs).
    Le livre s’appelle « An Unquiet Mind : a memoir of moods and madness ».
    (Il est traduit en français)

    Il m’est passé entre les mains alors que je rangeais des livres dans une petite librairie londonienne où je travaillais, le titre me disait quelque chose, et je me suis rappelée que j’en avais entendu des extraits dans une émission de radio, qui m’avaient fait une forte impression.

    Et d’ailleurs, pour un soir de lassitude, je te/vous recommande chaudement l’épisode en question, que j’ai trouvé extrêmement beau dans son entier ; tiré de la non-moins belle émission « Sur les épaules de Darwin », sur France Inter. L’animateur-narrateur y mêle des découvertes scientifiques de toutes sortes, récentes ou moins récentes, à des récits, des mythes, des réflexions, de manière libre et sensible, avec une voix caverneuse de conteur des temps anciens 🙂

    Voilà le lien donc, vers cet épisode qui tourne autour du trouble mental. Un beau moment, vraiment à écouter. Dans la rue en se promenant ou sur son lit avec un casque et pas trop de lumière.
    http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-soi-meme-en-train-de-vivre-3

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  6. Pingback: Surdoué, un effet de mode ? | Blog d'une bipolaire, surdouée et d'un schizophrène

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