Comment s’intégrer à l’école et au travail

Depuis 1 an et demi, j’ai de plus en plus de difficulté à gérer mon intégration à l’école à cause de la bipolarité et de la douance. Avant j’y arrivais par ce qu’on appelle la « sur-adaptation » au système : essayer de comprendre un système qui nous est inconnu, comme un pays avec des coutumes et une langue étrangère afin de ne pas trop détonner dans le paysage et de trouver sa place.

Mais la fatigue, l’annonce des diagnostics, ma difficulté à trouver une thérapie qui me convienne, la colère de me penser « freinée » par rapport à une personne en bonne santé me rendent parfois triste et aigrie. Je suis dans l’incapacité de dire, d’expliquer à mes camarades et à mes professeurs ce que je vis. Et en même temps, chacun a ses problèmes, non ? Pourquoi je m’apitoierais plus sur mon sort que quelqu’un d’autre.

Mais j’ai besoin d’aide. Je veux de l’aide. Faute d’avoir les parents que j’aurais rêvé : attentifs, aidants, préoccupés par leurs enfants, malgré que je puisse partager ce que je vis à beaucoup de monde, je suis chagrinée que ma mère ne « m’aide » pas dans le sens où j’aurais voulu. Se fournir d’un tas de documentations, m’aider dans des recherches de thérapies, me rassurer quand je ne vais pas bien, m’accompagner dans des associations, m’aider au quotidien (me réveiller quand je n’y arrive pas) et me demander tous les jours comment ça va. En fait, je manque de l’amour que j’aurais imaginé pour moi, de l’image de « la bonne mère » qui n’existe pas. J’ai beau parler, écrire, rien ne change, les décisions et les recherches je les fait seule.

Depuis mi-décembre j’ai pris le parti d’informer mes professeurs. Mes camarades semblent en partie hostiles à mon égard, par mon comportement, ma personnalité. Est-ce de la paranoïa ou une sensibilité extrême qui me fait ressentir sans les mots ce qu’ils pensent vraiment ? Peu importe, rien que d’être deux jours dans cette classe me rend malade physiquement et mentalement.

La dépression hivernale revenant, les absences ont recommencées à se multiplier : en cours et au travail, chaque absence me coûtant des heures décomptées sur ma paye. J’ai donc eu 200 euros de moins en janvier, et un découvert de 400 euros. Je gagne actuellement le SMIC mais ce qui me coûte le plus ce sont les frais médicaux, même si les médicaments et la séance chez le psychiatre sont remboursées à 100%. Je ne paie en plus ni le loyer, ni la nourriture, ni l’essence. C’est dire… Pourtant avant je gérais mon argent mieux que cela, je vais me reprendre, habituée à vivre avec peu.

Bref, comme j’ai beaucoup de travaux de groupes, et que les personnes sont impitoyables : soit elles ne stressent pas les autres car eux-mêmes ne foutent rien, soit elles deviennent dictatrices de lois qu’elles ont eux-mêmes érigées sans consultation des autres au préalable. Et moi, au milieu, impossible de parler de mes problèmes de santé et de ma manière de travailler, parfois très efficace, mais parfois absente totalement sans justification, ayant envie de pleurer. J’ai voulu devancer les problèmes et j’ai commencé à écrire des e-mails, à me mettre à nue. J’ai informé chacun de mes professeurs de la bipolarité, et deux de la douance. Le secrétariat et la directrice, ils sont venus chacun me voir et me rassurer qu’ils m’aideraient.

Désormais, si mon mal-être perturbe les travaux en groupe, j’expliquerai que je ferai de mon mieux mais que j’ai une maladie qui m’handicape sans préciser. J’apaiserais certainement les tensions, même si je ne pourrais pas les empêcher de penser que je m’en sers comme une excuse et ressentir leurs sentiments. Je me sens soulagée et coupable à chaque e-mail envoyé, hier soir pour la première fois j’ai eu des brûlures d’estomac : un nouveau symptôme physique du mal être, parmi tant d’autres, le corps se trouve très inventif pour signaler le trop plein de stress et d’émotions. J’ai une manière de m’exprimer très profonde, très adulte, très lucide, avec des mots adéquats et développés, je sais que les professeurs ne sont pas habitués mais plutôt curieux et intéressés par ma personnalité. Malgré tout, j’ai l’impression de me plaindre.

Je vais sans doute rester vivre en France, et m’engager pour ce que le handicap psychique soit reconnu et intégré à l’école et au travail, même si au travail il y a des mesures. Dès la petite enfance plus sensibiliser les humains à la compassion, l’amour, et l’acceptation des différences, qu’elles qu’elle soient. C’est une utopie, j’ai beau étudier la race dans son ensemble, les comportements sont souvent les mêmes, quand j’observe où j’écoute tout est établi, même s’il y a les différents que je repère, on reste minoritaires. Mais je sais qu’on arrivera à se faire entendre et à changer certaines choses.

Je vous embrasse,

L.

 

 

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3 réflexions sur “Comment s’intégrer à l’école et au travail

  1. Merci à toi Vulcania c’est un très beau commentaire et qui m’apprend des choses. Je suis 100% d’accord pour ce que tu as dit : la société fabrique ou aggrave les maladies mentales. Simple, une psychothérapeute spécialisée dans la douance m’a dit que dans 20 ans, les troubles psychiques seront (je crois) 2ème ou 3ème handicap le plus grave, et en 2050 le 1er handicap.

    J’espère que d’ici là on se sera remis en question ! W. continue son blog et à mon avis lui comme d’autres, comme moi, on va bien finir par créer du mouvement et faire changer les choses. La preuve : le nombre de lecteurs et de témoignages sur les blogs, forums, livres, etc. Un jour on se lèvera et chacun apportera sa petite pierre à l’édifice…

    En attendant, je dois aller manger, prendre la douche, et travailler. Hi hi hi

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  2. Bonsoir L.,

    Je suis une ancienne lectrice du blog de W., je viens donc te lire car les récits des personnes ayant directement les mains dans le cambouis m’intéressent, cela peut aider à faire avancer le schmilblick.
    J’ai assisté à une conférence de Tim Greacen sur le nouveau concept de « rétablissement » en psychiatrie, il a insisté sur le fait que c’est en grande partie la société qui créée le Handicap en n’intégrant pas les personnes avec un fonctionnement différent.
    Malgré les lois que ce soit dans les écoles ou le monde du travail, l’intégration des enfants ou des adultes avec un handicap psychique est loin d’être réelle.
    Les lois ne suffisent pas, il est essentiel de transformer les représentations sociales du « fou » ou du « malade mental ». Pour cela, il faudrait qu’une large information soit faite dans les espaces publics et le monde du travail directement par les personnes concernées par des troubles psychiques, pour que les gens se rendent compte qu’ils ont finalement en face d’eux des gens « normaux »…
    J’aimerais contribuer à ce changement des mentalités sur les troubles psychiques, je ne sais pas encore comment je vais le faire, mais l’envie est là…
    Un dernier commentaire L. concernant la mère que tu aurais aimé avoir dans l’épreuve que tu traverses, moi aussi, j’ai pensé cela concernant mes parents. Mais je pense que pour eux ne pas trop s’impliquer, est une façon inconsciente de ne pas trop souffrir de ma situation, et je ne souhaite pas qu’ils souffrent… alors j’accepte…
    Finalement dans une épreuve de vie, je serai toujours seule face à moi-même même en étant la plus entourée possible. Alors autant que j’apprenne à bien m’occuper de moi toute seule ! C’est pour cela que les épreuves nous font grandir…

    Longue vie à ton blog L. !
    Céline.

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