La théorie de l’échelle.

Echelle-de-Jacob-Vladimir-KushSouvent avec T. on discute d’idées communes, puis après on arrive à trouver une théorie commune qui nous sied à tous les deux. La théorie de l’échelle est une des théories qui me plaît particulièrement par sa simplicité, sa visualisation.

J’imagine une ligne droite, semblable à celle de la courbe de Gauss ( = courbe du Q.I ) sauf que celle du Q.I possède un ventre rond (c’est une courbe, c’est normal…) vers la moyenne, le chiffre 100, c’est-à-dire là où se situe environ 95% de la population. La ligne de l’échelle est droite mais elle respecte les principes de la courbe de Gauss. Le centre c’est 95% de la population, plus on se rapproche de l’extrême gauche on retrouve ce qu’on appelle « les sous-efficients », les « débiles mentaux », les « autistes profonds »… Puis on va aller vers la droite on retrouve « l’intelligence supérieure », les « surdoués », les THQI (très haut quotient intellectuel), les autistes de haut-niveau (Asperger). Il existe selon moi sur cette ligne encore toute une multitude d’étiquettes à mettre, mais j’aime le schématique, le « en gros ».

Avant mes diagnostics, j’étais étudiante en orthophonie, en Belgique. Là-bas, j’ai découvert une ouverture d’esprit peu commune concernant les sujets et méthodes du paramédical. C’est ainsi que j’avais le choix en troisième année de faire un mémoire sur la population qui m’intéressait. En bonne HP qui s’ignore, dès la première année, je me suis intéressée à la population des autistes (profonds et de haut-niveau), des précoces, de la communauté des sourds, des bègues… Avec une préférence pour l’autisme de haut-niveau, dit Asperger. J’étais fascinée par ce génie, bien au-dessus du plus haut-potentiel, capable de prouesse extraordinaire comme retenir toutes les décimales de PI, ou bien de restituer en détail par dessin une ville survolée, tout en étant complètement lésés sur des faits qui paraissent simples.Par exemple, un autiste Asperger ne reconnaît pas les « expressions faciales » d’une autre personne, les émotions. Elle va avoir en face d’elle quelqu’un qui pleure, et ne va pas pouvoir coder dans son cerveau l’information, relier que cette personne là pleure, parce qu’elle est triste, ou elle a mal, ou peu importe, donc l’autiste va rester comme indifférent et ne pas pouvoir mettre de signification pour ce qui se passe chez l’autre. Si des Asperger passent ici, libre à vous de me corriger mais dans mes souvenirs voilà comment j’avais compris la chose. L’ironie aussi, le double-sens, sont nébuleux. Un Asperger ne va pas comprendre si vous faites de l’humour, des phrases symboliques, des contradictions… Il n’y a pas donc la notion d’inférence.

Bref. Et dans cette théorie de l’échelle, on peut remarquer que le milieu représente la normalité, avec peu de maladies mentales. Quand on s’éloigne à gauche ou à droite, les problèmes commencent. Et au plus on s’éloigne, au plus on a de « problèmes ». On se dit que c’est simple de comprendre que les autistes profonds, ou trisomiques, que sais-je, sont « bêtes ». Déjà, ce postulat est faux, c’est juste qu’on n’a pas encore d’autres instruments de mesure pour bien comprendre ces populations. A l’extrême droite, on retrouve ceux qu’on pense favorisés par la nature. Vous devriez me voir venir avec mes gros sabots…. En fait, au plus on possède un Q.I élevé, au plus on a des troubles associés.

Comme si la nature recherchait l’équilibre, d’avoir trop donné, elle nous enlevait quelque chose. Je dirai que je me situe juste là où il faut. Un quotient intellectuel supérieur, assez pour avoir un trouble associé comme la bipolarité, mais pas assez pour rester dans le contact réel et pouvoir m’insérer dans la société, même si je me sens tiraillée sans cesse. Par exemple mon ex petit-ami avait 140 de Q.I. Il avait en panoplie de ne pas supporter la société, les gens, le cynisme, la manipulation, les tics nerveux, et une profonde dépression, un dégoût de lui-même comme des autres. L’année dernière j’ai rencontré un schizophrène, avec 17O de Q.I. Il voyait le monde avec des couleurs, des chiffres. On appelle cela la synesthésie : un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Par exemple, dans un type de synesthésie connu sous le nom de synesthésie « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 64,9 % des synesthésies), les lettres de l’alphabet ou nombres peuvent être perçus colorés.  Et en même temps, il avait des difficultés d’élocution (bégaiement) qui aurait pu le faire paraître plus bête que quelqu’un de normal. Alors qu’en réalité, il avait ses examens en n’étant jamais allé quasiment en cours, ou bien il a appris à jouer de la guitare seul, en 3 mois, et composait ses propres morceaux et donnait des cours aux autres. Je parlerai de T. un autre fois.

L’échelle en simplicité, c’est plus on monte, plus on trouve des « troubles » handicapants, handicapants car de moins en moins adaptés à la société. Et c’est surtout une échelle de la sensibilité, d’intensité. J’enlève la notion de quotient intellectuel et je ne mets que la sensibilité. La sensibilité s’accroît vers la droite, la sensibilité au monde extérieur, tout est mélangé. L’autisme a toujours été un sujet qui me tient à cœur, comme si je comprenais exactement ce qu’ils ressentaient, à une échelle, à une intensité moindre. Le bruit, les lumières, les émotions, le toucher, la vue, tout va être décuplé selon l’étiquette dans laquelle vous allez être posés.

Pour ma part, dans ma chambre, je vis dans l’obscurité, alors que j’adore la lumière, le soleil, mais dans ma chambre, interdiction de faire entrer trop de lumière, naturelle ou artificielle, c’est ma grotte. Je n’aime pas forcément le côté tactile, qu’on me touche, sauf quand je le décide ou bien que « c’est le moment ». Faire la bise par exemple est une tâche que j’essaie d’éviter régulièrement. Être dans un magasin avec du monde me fatigue beaucoup plus vite que la moyenne. Des exemples, j’en ai à la pelle. Je n’aime pas regarder les gens dans les yeux, les autistes non plus. C’est trop intense. Je m’amuse parfois à le faire avec T. mais on rencontre deux regards perçants qui nous mettent mal à l’aise, j’ai appris à regarder les autres dans les yeux, mais pas encore bien ceux de T. Lui, il ne parle pas beaucoup avec « les autres », à tel point qu’on peut penser qu’il est « autiste » car dans la représentation générale, l’autisme est lié à ne pas regarder dans les yeux, ne pas toucher, ne pas s’intéresser aux autres, se balancer, avoir des manies répétitives, et surtout, ne pas parler. Mais en fait, il peut parler, beaucoup, c’est juste que les discussions qui l’entourent le font chier, « parler pour parler » il n’en voit pas l’intérêt, et l’effort social à faire est plus intense, plus fatiguant que pour moi. Il se met en mode veille, économie d’énergie, mais n’arrive pas à montrer qui il est vraiment.

Désormais, quand on me demande « c’est quoi la différence entre un bipolaire et une personne normale ? » j’explique cette notion d’intensité. Je dis qu’on est tous pareils, à une échelle d’intensité différente. Oui, on a tous des hauts et des bas, sauf que tu n’en viens pas à ne plus te laver, manger, et parler, ou alors quand tu es heureux à ne pas claquer tout ton pognon et te prendre pour Dieu. La principale remise en question des personnes qui ne sont ni HP, ni ne présentent de troubles, et elle est saine, c’est « mais c’est tout le monde pareil ». Entre deux personnes dites « saines », il va déjà y avoir une multitude d’intensité et de sensibilité différente… On va dire à deux jumeaux la même nouvelle, il ne ressentiront pas les événements de la même manière. Mais l’intensité est telle que nous sommes « hors-normes » que cela créé une souffrance physique. Cette hypersensibilité au monde nous « fait mal » dans le cœur et dans le corps, comme j’expliquais dans l’article les effets du stress sur le corps. L’expression physique va être proportionnelle au ressenti. C’est ainsi que quand les médecins à qui je dois dire que je prends un traitement pour la bipolarité, me répondent nonchalamment  » oh, vous savez, on est tous bipolaires, avec des hauts et des bas « , je dis ah oui, vous aussi vous avez eu des hallucinations, vous vous êtes pris pour un prophète avec des supers-pouvoirs, pour une abeille ? Vous aussi vous avez arrêté l’école pour une « déprime » et êtes restés 6 mois au lit ?

La preuve qu’on a encore bien du travail à faire sur ces maladies peu connues au final, bien que médiatisées à outrance. C’est un devoir que nous avons de bien expliquer ce que nous vivons, ce que nous ressentons, si nous voulons des traitements adaptés. Je comprends que ces personnes là ne comprennent rien, ils ne l’ont pas vécu, et vu de l’extérieur, c’est quand même assez incroyable. Mais je crois qu’on est assez à avoir vécu des expériences similaires et assez de jugeote pour se regrouper et en parler.

Je vous embrasse,

L.

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3 réflexions sur “La théorie de l’échelle.

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