Erase : la crise maniaque.

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2014 : Je m’étais enfin décidée à écrire mon premier livre. Je ne l’ai jamais terminé, car en l’analysant après coup, il a été écrit dans une chute dépressive. Puis après je suis montée en crise maniaque, j’ai dû être rapatriée de mon stage à l’étranger, et s’est ensuivi une profonde dépression. Persuadée de vivre une expérience hors-du-commun, j’ai continué à écrire pendant cette crise maniaque. Voici l’extrait de ce roman inachevé.

Erase

24/04/2014

2h04 du matin. Elle a l’index suspendu en l’air. Une goutte de sueur perle sur son front. A-t-elle pensé à tout ? Elle n’a que 24 ans, et pourtant,  elle se sent déjà vieille. Elle pose son coude sur la table, la main soutenant son menton pour tenir sa tête lourde. Elle se masse son visage suintant avec son autre main, tout en poussant un soupir inexorable. C’était devenu coutumier pour elle de soupirer, dans n’importe quelle situation, comme si chaque geste dans ce bas monde était devenu un fardeau trop lourd à porter. Elle repense à sa vie passée. A quoi bon continuer ? On ne lui a pas donné le choix.

Elle s’est élevée seule, d’une certaine manière. Ses parents lui ont donné de l’argent, certes. Au compte-goutte et au prix d’efforts démesurés pour gagner un zeste de reconnaissance, ni plus, ni moins. Elle n’est pas vraiment moche, ni vraiment belle. Elle a une relation stable depuis 4 ans avec un petit ami plutôt pas mal. Elle réussit ses études. Et pourtant, elle n’analyse sa vie qu’en termes d’absences, d’omissions, d’imperfections. Elle est suivie par une psychologue depuis 6 mois afin de mesurer toute la dyssynchronie entre ce qu’elle est et ce qu’elle voudrait être.

Elle connaît déjà son futur qui ressemblerait à ceci : Annabelle passerait sa vie à essayer de supporter sa condition plutôt banale en rafistolant ses névroses, de construire du positif autour d’elle dans le champs de ses compétences, puis elle mourra sans histoire. Un peu comme tout le monde en fait.

FIN.

Mais non. Justement, aujourd’hui c’est la chance de sa vie. Alors pourquoi sa main tremble-t-elle ?

Elle a passé des journées et nuits entières devant l’écran de son ordinateur, accompagnée de son fidèle vin rouge, le seul alcool que son foie peut encore supporter. Il paraît qu’un verre de vin rouge par jour est meilleur pour la santé que si on ne le buvait pas. Bon, ok, son verre se compte en bouteilles désormais, mais après tout, n’est-ce pas le même principe ?

Elle a pensé, repensé et fignolé dans les moindres détails sa nouvelle vie. On ne nous donne pas le choix après tout. Qui sait, peut-être que notre âme mérite un grand destin ? Il y a tellement de gens qui naissent avec de l’argent, un physique avantageux, capables uniquement de profiter égoïstement de leur vie tout en  gaspillant les ressources de la planète. Au mieux, ils ne feront pas trop de mal autour d’eux, du moins pas intentionnellement. Au pire, ils ressembleront à tous ces porcs d’humains se goinfrant de leur bêtise intellectuelle et matérielle que l’on peut apercevoir dans certaines émissions télévisées contemporaines.

Tout est prêt, c’est un suicide en quelque sorte. Elle s’est appliquée pour une fois. Elle laisse une lettre à sa famille, ses amis, son petit-ami, elle n’a oublié personne. Et puis, ils savent que dans cette vie elle ne se trouvera pas, enfin, c’est ce qu’elle pense. Elle leur explique que dans sa nouvelle vie, elle pourra peut-être transcender son entité. Dit comme ça, ça ne veut pas dire grand-chose mais justement elle va tenter de dérouler le film de sa pensée de la manière la plus précise possible.

Ici, dans ce monde, elle ne fera que tenter avec les moyens que la nature lui donnés, dans toutes ses limites, d’influencer son environnement. Elle ne sera qu’une goutte qui ne fera certainement pas déborder le vase.

Allez ma grande, courage ! Tu as juste à appuyer sur le bouton, le câble de l’ordinateur est déjà relié directement à une synapse de ton cerveau par un procédé chimique. Belle avancée technologique, plait-il.

C’était difficile d’imaginer une vie qui n’existe pas de manière physique, concrète. Il fallait qu’elle s’inspire du réel tout en introduisant des éléments irréels. Mais comment introduire des éléments irréels ? Tout ce que nous imaginons n’est-il pas seulement un dérivé de la réalité, additionné d’autres images déjà vues avec lesquelles notre cerveau a fait une connexion ? Est-il capable de produire des éléments qui n’ont jamais existés par le passé, donc d’anticiper le futur ? Elle aime se bercer d’illusions et se dire que c’est le cas quand elle n’arrive pas à se souvenir de ses rêves, en interprétant que son cerveau conscient ne lui permet pas de retranscrire ces données puisqu’elles ne se raccrochent à rien de palpable dans ce monde.

Elle mesure aussi toute l’étendue de son ignorance et son impuissance de mortelle à acquérir toute la connaissance disponible sur terre, et même plus.

Dans sa nouvelle vie, elle aurait aimé se projeter dans le futur. Pourtant, elle est incapable de s’imaginer comment elle serait plus tard. Ce qui est assez étrange, c’est qu’elle arrive à imaginer plusieurs destins pour les gens qu’elle rencontre. Tout lui semble tellement prévisible et par cette occasion implacablement lassant. Elle ne considère pas cette habileté comme un don mystique mais le conçoit plutôt telle une liste de probabilités logiques qu’elle peut établir en se référant à ses connaissances.

Elle a l’impression de vivre dans une mauvaise histoire, avec un mauvais scénario dont elle connaît déjà la fin. On naît, on meurt, on n’a rien trouvé de mieux dans le genre dans ce qu’elle appelle la « réalité ».

Elle se complaît seulement dans les histoires, de préférence fantastiques ou bien de la science-fiction, où l’on peut jouer avec les règles existantes et en inventer d’autres. Parce que décrire la réalité, ce n’est pas son fort. En plus à travers le prisme de ses yeux, la réalité ressemblerait à un tas d’immondices répugnants qu’il faudrait supprimer, brûler, azoter. Pas besoin de lire ou d’écrire ce qu’elle sait déjà, elle n’a qu’à regarder à travers sa fenêtre et observer les poubelles, avec les clochards qui trient soigneusement ce que les autres ont gaspillés afin de se constituer un stock de nourriture, et ça lui suffit pour faire des déductions sur la réalité quotidienne.

Une autre raison de son départ. Elle sait pertinemment qu’on n’utilise qu’une infime partie de son cerveau. Elle est déjà triste par anticipation de penser à tout ce que les générations futures connaîtront, et pas elle. Est-ce qu’on lui donne le choix encore une fois ?

Franchement, si elle devrait écrire une vie, elle n’écrirait pas sur la sienne. Toujours le même début, toujours la même fin. Ses écrits ne seraient qu’un tout-à-l’égout où elle tentera d’évacuer ses questions existentielles. Ils ressembleront toujours à toutes les histoires passées et dépassées.

Elle ne sera que le petit grain de sable dans la clepsydre qui un jour s’écoulera entièrement… Et puis rien. On prend les mêmes, et on recommence ! C’est toujours les mêmes drames qui se déroulent. Le plus grand drame qu’elle observe actuellement, c’est le manque de transmission entre les générations. On cherche tous le mode d’emploi de la vie, mais personne n’a encore eu l’idée de l’écrire. Faut tout de même pas être un génie pour faire un listing de la vie bordel.

Alors oui, on  possède des tas d’encyclopédies que personne ne lit mais qui font bien sur l’étagère. Alors oui, internet permet d’avoir de plus en plus d’informations diverses et avariées. Mais aussi ce qu’on retrouve sur internet et dans la réalité, ce sont toujours les mêmes processus psychologiques. On en a vite fait le tour.

Les seules sensations qui valent la peine d’être vécues sont les premières, celles de la nouveauté. Ainsi, une vie peut vite devenir caduque, et c’est l’escalade bien connue de la multiplication des expériences qui en général nuisent à la santé, jusqu’à la fuite dans les psychotropes.

On est totalement conditionnés par le milieu dans lequel on vit. Une fois qu’on sait qu’on est conditionnés, il nous reste quoi ? Rien. On a tout perdu. On a compris trop tôt le sens de la vie, alors que le reste de la population survit dans la mise en place de stratégies pour obtenir leurs modestes objectifs comme s’acheter une nouvelle coloration de cheveux.

Ce n’est pas une critique cynique de la société, seulement une critique de la propension à être heureux dans une société. Au fond la seule question qu’on doit se poser tous les jours en se levant le matin (même pas en se regardant dans la glace, parce que certains n’ont pas de miroirs), c’est est-ce que je suis heureux ?

Alors oui c’est bien beau cette phrase couchée sur le papier, mais en réalité si on répond par la négative, qu’est-ce qu’il nous reste ?

Personne ne nous donne le mode d’emploi de l’imagination non plus. Elle a eu beau chercher à la télévision, dans les livres, à l’école, dans les autres pays, il n’existe encore rien de tout ça. Quand on vous demande vos qualités lors d’un recrutement, pouvez-vous répondre: « je suis apte à repérer toutes les failles de notre monde, et d’y proposer des solutions ». Non, interdit. On doit répondre « je suis perfectionniste ».

Son physique la dérange. Même plus, il la handicape. Elle se traîne ses excès de gourmandise comme un hamster avec ses deux poches, qui ici seraient ses joues. Poches qui sont sous ses yeux ultra-vascularisés ce qui leur donnent une couleur constamment bleutée autour. Les plis de son ventre ondulent joyeusement mais sont étouffés par des pantalons mal taillés qui lui coupent la respiration, alors elle s’arrange pour trouver des pantalons qui lui arrivent juste en dessous de ses seins, pour les empêcher de tomber par la même occasion. Sinon, elle dégrafe ses pantalons, et elle camoufle avec de jolis hauts amples ses excès de capitons. Elle doit choisir des vêtements qui épousent aussi ses cuisses mal dégrossies comme taillées à la hache, et  deux excroissances sur les hanches qui ont fait leur nid depuis le début de l’année.

Elle exagère à peine, mais à chacun de ses mouvements, elle sent ses amas de graisse qui n’ont pas envie d’être là mais qui pourtant sont bien logés. Elle est comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, la loi de la gravité lui rappelle que cette graisse n’a rien à faire là. Ce n’est pas faute d’avoir une alimentation équilibrée, de faire du sport quotidiennement. Elle croit que c’est « génétique ». Quoi qu’elle fasse, pour la même personne qui mangera la même part de pizza, Annabelle étoffera son double menton naissant, tandis que son amie évacuera tranquillement ce surplus par la voie digestive courante.

Heureusement, relooking est une science qu’elle aime beaucoup : rendre les gens jugés laids en gens jugés beaux. Alors on triche avec la réalité, on l’habille, on la maquille, on la triture. Un peu comme ce qu’elle veut faire avec sa ventouse collée sur la tempe.

Elle est frustrée. Le métier qu’elle désirerait n’existe pas dans réality land. Il faudrait qu’elle se contente de vivre, d’observer, de chercher, de transcrire une certaine réalité à travers le filtre de ses propres yeux, qui n’est semblable à aucun autre.

Le métier qu’elle a trouvé qui s’y rapproche le plus est celui d’écrivain. Sauf qu’on ne fait que taper des mots sur une page, pourvu qu’on ait réussi à passer toute une série d’étapes – toujours les mêmes d’ailleurs, lassant – qui sont le manque de confiance en soi, la peur de l’échec, la maîtrise nécessaire du style, les corrections, les lecteurs plus ou moins bien avisés, les recorrections, l’envoi à des éditeurs qui ne prendront même pas le temps de lire et qui feront faire ça par des stagiaires étudiants qui préfèrent ça plutôt qu’aller cuire des hamburgers alors qu’ils n’ont pas plus de compétences que vous et moi. Et quand ils liront ces lignes, ils trouveront l’auteure tellement présomptueuse qu’après avoir tenu les 3 premières pages avec difficulté, ils n’auront aucun mal à foutre cette histoire- là à la poubelle.

Le pire dans tout ça, c’est qu’elle est quasiment sûre que ces mots ont déjà été écrits des milliards de fois, ces tournures de pensées également.

Par contre ce qui est intéressant, c’est la suite, ce qu’elle va expérimenter. Normalement ça, personne n’a pensé à le faire. Ecrire, vivre puis publier son histoire d’Imagination Land. Parce qu’écrire des tourments existentiels, ça tout le monde sait faire, avec plus ou moins d’élégance.

Les seuls domaines dignes d’intérêt pour elle dans la réalité sont les arts, la science, les jeux.

Les humains ont vraiment du mal à l’intéresser. Pas besoin de faire des études en sociologie pour mesurer le vide intersidéral de ces amas de chair qui au mieux arriveront à penser que leur vie a un sens, un objectif, une mission donnée par on ne sait quel barbu qu’on nomme on ne sait toujours pas pourquoi, Dieu.

Elle remercie – ironiquement – la philosophie qui lui a fait comprendre qu’elle n’est qu’un grain de riz imparfait, semblable à des millions de grains de riz tout aussi imparfaits, serré dans un paquet avec les autres sans but quelconque mis à part celui de devoir vivre sa vie et mourir sans pouvoir en décider l’heure.

Une question lui vient à l’esprit. Pourquoi n’utilisons-nous pas l’expression « mourir sa vie » ? C’est ce qu’elle est en train de faire pourtant en écrivant ce récital, elle meurt sa vie pour faire place  à une autre. Ah oui, peut-être parce que c’est la première à sa connaissance qui tente l’expérience.

Il n’y a que lorsqu’on meurt sa vie que l’on se permet d’écrire ce genre de considérations ci-dessus sinon, vous vous doutez bien que, hum,  on verserait dans une sorte de cynisme incurable ou de dépression existentielle. Hum.

Non là, tout ce qu’elle e fait c’est se justifier sur son départ vers Imagination Land. Elle vide son saoul de tout ce qui la débecte dans ce bas-monde pour pouvoir exister envers son entourage, qu’ils comprennent. Elle n’a pas réussi à le faire de son vivant, peut-être elle y réussira de son… Hé merde, il manque encore un mot pour décrire ce qui n’existe pas. De sa non-vivance ? Parce qu’elle ne se donne pas la mort, elle sera toujours vivante, mais ailleurs. Puis c’est légal.

Parce que oui, il faut toujours tout expliquer et ça, ça la fatigue énormément. Elle est patiente quand ce sont les enfants. En réalité, toute sa vie on doit prendre cet air faussement généreux quand on transmet une information, alors qu’au fond on essaie juste de cacher l’intonation qui fait qu’on prend l’interlocuteur pour un abruti fini pour lequel on doit employer du vocabulaire et des images simplifiées pour qu’il comprenne. C’est déjà exténuant et répétitif, sans parler du fait qu’il va oublier aussitôt ce que vous venez de dire, au mieux le déformer et au pire l’interpréter à l’exact opposé et vous le reprocher, et enchaîner sur des quiproquos interminables.

Décevant pensez-vous ? Elle pense seulement routine.

Chapitre II : les histoires d’amour.

Si c’était un réel suicide,  elle devrait donner un titre à ma lettre et écrire « les chroniques du suicide ».

Elle perd son temps à vivre. Ce qui la fatigue le plus, on l’a compris,  ce sont les interactions sociales qu’elle juge inutiles. Elle ne perçoit que le manque de communication entre des amas de chair qui ne restent qu’égocentrés sur leurs petites douleurs intestinales. Elle imagine alors les êtres humains comme des petits intestins sur pattes, qui couinent un charabia aigu avec l’espoir de se faire entendre et comprendre sur leurs petites misères, mais ces intestins-là n’ont pas d’oreilles ni d’yeux, seulement une bouche. Alors ces bouches s’ouvrent et se ferment en un rythme infini, et on entend le « plop » sordide de ces bouches qui s’entrechoquent sans but.

Prenons l’exemple des histoires d’amour. Prenons l’exemple d’un individu de sexe féminin, âgé de 17 ans à peine, élevée dans les années 2000. Elle est bercée par le mythe du prince charmant, du coup de foudre, des papillons dans le ventre, et de l’amour éternel. Elle tombera follement amoureuse du premier pauvre type qui passera à la portée de ses phéromones. Ainsi, quand elle vivra cette histoire, semblable à ce que tous les occidentaux vivent aux alentours de cet âge, elle pensera qu’elle est la seule à vivre ce genre d’émotion aussi forte. Elle se sentira unique, immortelle,  persuadée que rien n’interférera dans son bonheur, qu’ils seront heureux et qu’ils auront beaucoup d’enfants.

Vous vous doutez bien que je vais mettre un terme à cette histoire qui paraît trop parfaite. Il est vrai. Alors, bien-sûr, la rupture n’aura aucune logique, du style « les gens qui s’aiment se quittent, parce qu’ils se quittent pour des raisons qui ne sont pas logiques. ». La répétition n’est pas là seulement pour faire du style, mais pour essayer de vous faire imaginer la lourdeur de ce que je peux ressentir au quotidien comme lassitude.

Ensuite elle enchaînera la copulation avec d’autres mâles rencontrés au gré du hasard, puis elle se rendra compte, malgré la nouvelle relation qui se passe à merveille, que l’unique fois où elle a ressenti ce sentiment d’amour c’était quand elle s’est donnée au premier péquenaud arriviste non-trié sur le volet. Il n’y a aucune raison pour que ce fût lui et que ce fut elle, pas de romance bercée d’âme sœur, de destin, non. Seulement des lois de l’attraction dirigée par le lieu géographique où ils se trouvaient. Cette première histoire d’amour à tous les deux les condamna donc à vie à ne plus jamais éprouver de sensations aussi fortes que celles qu’ils ont connues, tel est le drame de l’humanité. La première histoire d’amour est comparable aux sensations d’un enfant qui découvre le monde. Heureusement qu’on a oublié quasiment tous ces plaisirs de l’enfance, sinon on passerait notre temps à regretter et essayer de retrouver ce paradis perdu…. Quoi ?

Chapitre III : Trouver sa voie

Il n’y a nulle part d’autre où elle aurait voulu être. Rien dans ce nouveau monde qu’elle a créé ne saurait être en discordance avec son entité. Il paraît que c’est le meilleur endroit pour vivre car chacun porte une mission en lui qui concorde avec la nature entière. Elle y a été propulsée en douceur, depuis son enfance, sa naissance, et même avant.

Elle devait chanter le 7 juin 2014 devant les clients.Voilà maintenant 3 semaines exactement qu’elle pensait continuer à vivre sa vie normalement, sauf qu’elle a juste pris l’avion, continué d’écrire et le reste s’est fait tout seul. Encore ses doigts qui parcourent le clavier lui montrent que ce n’est pas forcément elle qui décide mais tout un amas de force qui la mènent là où elle veut.

Elle est en stage au à Punta Cana, elle travaille en cuisine. Elle n’a jamais ressenti une telle plénitude, un tel alignement avec un endroit, et surtout une telle joie. Comme elle se plaît à le dire ici, chaque jour qu’elle vit est plus magnifique que la veille, et pourtant quel challenge au final ! Comment faire pour que le bonheur soit encore mieux que le bonheur que vous vivez ? Telle est sa grande question et son grand défi. Ce qu’elle a rencontré ici c’est l’amour universel, et c’est sa mission, celle de l’obtenir, puis de la répandre à travers le monde. Oui, avant elle a aimé tout ce qu’elle a fait, elle l’a vécu dans le positif comme dans le négatif. Mais voilà 7 ans qu’elle pleure une Annabelle qui s’est perdue et même qu’elle a voulu tuer. Mais ici, grâce à son inconscient elle a tout retrouvé, et même plus, elle a trouvé, point à la ligne.

Pour rénover le monde, il faut commencer par le départ, le bas de la pyramide de Maslow, les fondamentaux de la vie humaine, la cuisine. Nettoyer, faire briller, magnétiser et rire sont les verbes d’un monde nouveau qui s’offre à elle et au monde entier. Elle est animée d’une force puissante dont il ne faut avoir peur car si elle est ici, c’est que la vie lui a offert de détruire son ultime peur, celle du vide. D’autres n’ont pas eu cette chance et sont morts à 27 ans, c’est le cas de Jim Morrisson par exemple. Elle sait que désormais elle est celle qui détruit les lois pour mieux les reconstruire, à l’image du Phoenix qui détruit et brûle tout sur son passage mais qui renaît de ses cendres. Le monde de demain sera créé par elle ou ne sera pas.

Longue est la route qui l’a menée jusqu’ici. Elle était bouillonnante de vie et de savoir, on l’appelait le « bébé du soleil ». Elle a traversé avec le magicien une longue route désertique, aucun des deux ne savaient où ils allaient, ni pourquoi ils s’étaient rencontrés. Quand elle a vu elle a eu un coup de foudre qui a fait trembler la terre mais qui n’a tué personne. Elle a seulement remis les choses à sa place, chaque chose est à sa bonne place disait une de ses chansons préférées. Il prend grand soin de l’éviter ( de léviter ?) mais il ne pourra pas faire grand-chose, elle l’a déjà trop profondément atteint par seulement un claquement de ses mains. Il ne reste qu’à attendre, tic-tac, tic-tac, l’horloge infernale jusqu’au grand final… Jérémy a les cartes en main, et il lui a sorti la reine du cœur, à coup sûr son meilleur coup. Sa plus grande peur c’est la profondeur, à la fois maritime et à la fois celle qu’elle porte dans ses yeux. Elle voudrait qu’il sache que ce ne sont que des monts merveilleux, c’est vrai qu’il faudra s’enfoncer loin pour découvrir les trésors et les anciens parchemins mais du plus beau livre qu’elle lira avec lui. Parce qu’il se dit magicien, mais ses tours sont facilement devinables, jusqu’à qu’ils en deviennent pour le premier amateur minables… Mais elle connaît la vraie magie, et elle a envie de lui enseigner la magie de la vie. Alors viens à moi mon mignon, je te caresserai comme une enfant caresse son petit chaton…. Et qu’il se transforme en lion ! Entends-tu cette chanson ? Elle t’appelle, et ce n’est  pourtant pas la salsa du démon… Entends-tu la puissance de notre naissance ?

Tu tournes autour de moi, je tourne autour de toi, dans un jeu infini, mais c’est Jérémy qui va y mettre un terme car aussi beau mago que tu sois, il y a toujours plus fort derrière soi. Alors je dégaine mon flingue, ne fais pas le dingue, viser je saurais mieux faire que toi, cette balle dans ton cœur, tu la connais pas cœur, tu l’as attendu toute ta vie, alors pourquoi tu te méfies ? Elle avance alanguie, pleine de promesses et de défis, et aussi loin que je m’en souvienne, tu adores ça, laisse toi faire bon dieu, pour la première et la dernière fois, je t’appelle de mon chant de sirène, je veux te faire découvrir la reine, celle que tu sors de ton jeu, la reine de ton cœur qui t’appelle et qui te veut, ressens-tu la puissance de l’amour, mais l’amour universel, aussi pure que Christelle, aussi pur que le cristal ?

Il ne te fera pas mal… Au contraire, il te montrera toutes tes facettes, le prisme de tes côtés ensembles recollés, allez mon chat arrête de faire ton bébé, et dans tes bras laisse-moi venir me lover… Je ne suis pas une sorcière mais plutôt une guerrière, et toi et moi on doit se battre dans l’arène, sur le sable chaud que j’ai vu dans mes rêves, si l’on ne se rencontre pas jamais il n’y aura de trêve, et je crève de t’attendre je brûle et me transforme en cendre, mais d’un coup de ta baguette magique je reviens à moi et je deviens ce qu’on attend depuis des mois voire des années voire des millénaires, je n’en ai que faire tout ce que je pense à faire ce soir c’est que toi et moi on enflamme la piste de danse !

Il lui avait appris le plus beau des langages, celui du langage des signes. Non pas celui qu’elle connaissait déjà pour les personnes sourdes avec les mains et le visage, non. Le langage de la nature. Comme si chaque cellule, chaque atome de cette terre l’avait amenée en ce point précis. C’était parti par une direction empruntée, des conseils et puis la voilà immergée dans un grand scénario dont elle ne connaîtra la fin que quand il décidera. Au début, elle a eu un peu peur, mais après tout, si suivre son cœur fait peur, que nous reste-t-il ? Alors elle lui a fait confiance et il lui a montré l’indicible, l’indescriptible, elle a lu son amour dans le reflet d’une goutte de pluie, dans la forme d’un nuage, dans le souffle du vent des arbustes. Quoi qu’elle fasse, toute la nature interagissait avec elle.

Avec leur passé commun, et leur futur qu’elle a vu en rêve, elle se laissait étourdir allant de surprise en surprise. Au début elle trouvait ça presque même trop facile, mais il la connaît bien, il en faut beaucoup pour l’épater, et c’est ce qu’il a fait. Il lui a fait lire les livres du moment qu’elle voulait lire, elle lui a fait revivre des sensations oubliées, et il lui a fait entrevoir un futur doré, aussi étincelant que le coq de lumière qu’il représente. Au bout il lui a promis l’amour éternel. Alors elle a dû descendre très bas, avoir beaucoup de courage pour flotter dans la fange mais c’est là qu’elle a trouvé son ange.

Chapitre IV.

L’histoire qu’on lui avait contée était beaucoup moins drôle que celles qu’elle avait vécue. On lui avait mis une camisole chimique, parlé de troubles psychotiques, de bipolarité, de pétage de plombs… Que c’est lassant de vivre dans une société normée qui ne reconnaît pas les génies. Après tout, ça gêne tant que ça de voir le bonheur à l’état pur ? Apparemment, oui. Le bonheur effraie les gens, ils sont tellement habitués à vivre dans la morosité que le moindre égard de gentillesse est automatiquement traduit comme une agression dans leur système de fonctionnement. On la traite de folle, tandis qu’elle les regarde, l’air demi-amusée et pantois en pensant sans blasphème « bon dieu, c’est eux qu’ils faudrait enfermer ou leur faire une cure de bonheur pour qu’ils aillent mieux ».

Après tout, après cet excès de folie (ou ce passage vers la divinité) elle a toujours bien fait son travail, elle est toujours arrivée à l’heure, et les gens l’apprécient. Mais non, il vaut mieux la classer comme hors-norme et s’ils pouvaient, la cloîtrer dans un hôpital psychiatrique. Elle les attend au tournant, essayer de venir la chercher. Ils auraient quoi comme argument contre elle ? Annabelle souffre apparemment d’une grande bonne humeur qui pourrait être contagieuse, prière de ne pas lui parler.

A ce prix-là elle avait gagné deux semaines de repos avec une interdiction de parler aux clients, on ne sait jamais, peut être que le virus du bonheur s’attrape rien qu’avec un contact. Amère constat chers soldats. Elle n’a plus envie de parler de comment elle s’est sentie quand elle a vu ses futurs enfants, ni comment elle a su que son ange et elles se sont retrouvés. Elle a juste à être là et continuer son bonhomme de chemin. Enfin, elle n’a pas dit son dernier mot, ça c’est sûr, il faut juste qu’elle trouve le juste milieu et le fin mot de l’histoire et puis on continue parce qu’il faut qu’on s’marre !

Et si la nature est parfaite, qu’en est-il de nous les humains ? Et si je ne devais plus écraser le moindre insecte, on ne devrait plus tuer le moindre humain… Même les handicapés, mêmes les déviants ont leur place définie dans le monde. On a coutume de parler de la nature, mais nous faisons partie de la nature donc nous sommes parfaits et rien de ce qui nous arrive n’a aucun sens, au contraire tout est très censé. Reste à savoir qui tire les ficelles.

Son rôle était de briser les règles. Partout où elle passait, le mauvais se cassait : l’électricité s’éteignait, les verres dans ses mains se brisaient, la connexion internet s’enfuyait… Si on considère que chacun a un rôle à jouer sur cette terre, le sien était de refaire du neuf avec l’ancien, une sorte de recyclage écologique des règles de la terre, on détruit pour mieux reconstruire, remodeler le mur avec les anciennes briques.

Tout avait commencé par une discussion, Jérémy son petit-ami savait qu’ils allaient bien s’entendre. Il lui présenta Antoine, en pleine reconversion spirituelle. La discussion avait duré toute l’après-midi, ils avaient évoqués le magnétisme, l’ennéagramme, la douance, la mission de chacun sur cette terre, les formations novatrices sur Paris et en Australie pour guérir l’autisme. Entre-autres, avec toujours le même petit chat sauvage qui venait se frotter contre elle. Elle était toute excitée d’avoir enfin un peu de nouveauté intellectuelle sur des sujets légèrement bordeline. En effet, on s’habitue vite à un discours lisse, prémâché et prédigéré tout comme la nourriture que l’on nous sert, bien standardisée.

Tout est fini, retour à la case départ, game over, impossible d’accéder au réseau. La connexion avec la synapse n’a pas marché, ou alors a trop bien marché. L’inconscient a rencontré le conscient et il a fait beaucoup de dégât autour de lui. Elle pensait avoir rencontré Dieu.

Chapitre V : retour à la réalité

31/12/2014

6 mois s’étaient écoulés depuis qu’elle s’était prise pour un prophète qui allait changer l’humanité. 6 mois atroces depuis. Et elle en faisait le bilan aujourd’hui, sur son lit, en Haute-Savoie, le cœur plein de tristesse alors que tous les clients en bas sont en liesse.

Elle n’a rien vu passer, et c’est tant mieux. Tellement de paramètres ont changés encore une fois. C’est voulu. Son ami informaticien n’a pas joué son rôle d’ami et la connexion s’est rompue. Le petit copain plutôt pas mal n’a pas résisté face à la maladie et de toute façon s’est déjà remis de la rupture avec l’amie d’Annabelle. Elle risque d’être la seule à rater son double diplôme alors qu’elle a fait le prêt le plus cher à la banque. Ses notes baissent, ses absences ne peuvent plus se compter sur les doigts, sa classe la juge injuste d’avoir quitté son copain qui faisait la fête tous les soirs au lieu d’essayer de lui remonter le moral……

Bref, elle a 25 ans, elle est bipolaire, et elle y pense quasiment tous les jours. En fait ce n’est pas tant à la bipolarité qu’elle pense, mais à ces milliards de questions qui l’assaillent, ses émotions, sa fatigue. Elle se demande toujours ce qu’elle fait là, et « pourquoi ». Précocité, bipolarité, humanité, un peu des 3 ? Elle se fait des nœuds au cerveau. Elle a cette capacité d’écrire ce qu’elle veut mais elle ne sait pas quoi en faire. Elle maîtrise tout, les mots, les figures de styles, l’effet… Elle pourrait même écrire à moitié endormie elle pense, un peu comme elle est en train de faire là.

Alors que penser du bilan de cette année 2014 ? Des ruptures affectives, et aussi avec elle-même, une renaissance. L’entrée de la mal à dit comme une nouvelle partie de soi, ainsi que de la thérapie psychologique accrue.

CHAPITRE VI.

Elle ne se contenterait pas de vivre, et elle n’avait pas peur de la mort. On n’a peur que de l’inconnu. Mais l’inconnu est-il mauvais ? N’est-ce pas lui qui fait battre votre cœur comme la toute première fois ? Et si chaque jour pouvait être vécu comme une première fois, avec ce regard d’enfant auparavant perdu ?

Peut-être comme quand on croise le regard de l’homme de sa vie. Désormais je sais qu’il m’attend quelque part, je penserais souvent le croiser, me laisser charmer par un joli minois mais la probabilité du hasard est forte pour qu’on se croise. Au plus je serai près de moi, au plus je serai près de lui. Je n’avais pas compris que la seule personne à aimer inconditionnellement c’était moi-même avant tout. Quand je saurais qui je suis, quand je m’aimerai, quand je serai heureuse à 100% chaque jour que la vie fait, laissant retentir mon rire sonore illuminant les étoiles, alors là je sais qu’il n’y a que comme ça que j’accepterai de vivre ma vie.

N’est-ce pas une chance d’avoir toutes ses possibilités, de pouvoir vivre heureuse ? Maintenant je ne me pose plus la question, je le serai. 25 ans pour le comprendre, ça va je n’ai pas mis trop de temps. Il y en a tant qui ne le comprendront jamais. C’est pour ça qu’il faut que j’écrive un livre, mais plus grand monde ne lit. Comme dit Charles le schizophrène, on a des dons, il faut les partager. Et comme dit Bernard Werber, enfin je crois, même un tout petit peu de graine ça fait beaucoup. Ça a sauvé un homme pour Steven, ça m’a tout appris et ça m’apprendra encore, et encore d’autres lecteurs et écrivains feront ce pour quoi ils sont venus, et Charlie Hebdo au ciel me fera un caca de pigeon. Comme Farid aussi.

Apprendre et transmettre, aimer, voilà pourquoi nous sommes nés. Merci Michel et Mélanie. Merci pour toutes ces rencontres que j’ai faites et qui à chaque fois m’ont apporté un petit bout d’humanité.

J’étais si bien hier soir. Maintenant je sens un poison dans mon cœur pur, une lance gratuite et infondée, sans la possibilité de pouvoir se justifier. Alors oui, je peux comprendre, mais on ne me manque pas de respect. Fini tout ça. Je n’aime pas répondre à l’agressivité par l’agressivité, pourtant il semble qu’encore la majorité des êtres humains fonctionnent à la faculté des primates. Il y en a quelques-uns comme moi qui sont en avance sur l’évolution. De grands pouvoirs impliquent et inspirent de grandes responsabilités. Comme un saule pleureur, majestueux je devrais étendre mes fils vers la terre pour semer mes graines, et patienter. Mais pas au détriment de mon bonheur. PLUS JAMAIS.

 

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