Les remparts contre la folie : l’humour & l’amour

 

Up-Pixar-Paris

Bonsoir mes chers lecteurs,

1 an et demi seulement que je suis déclarée : Je suis une bébé bipolaire ! Sur un ancien forum où je témoignais, je mettais en signature une citation d’un bouquin de Werber ( Bernard, si tu passes par là, fais-moi signe ! ) :  » l’amour pour épée, l’humour pour bouclier ». Du livre « l’Empire des Anges » lisez la trilogie je me suis régalée, j’ai juste eu l’impression de comprendre la vie. Par contre attention à votre sensibilité, c’est le genre de bouquins qui peut vous faire « décoller » excuse-moi Bernard mais tu vas trop loin dans tes livres, après mon cerveau s’envole pfiiiiiouuuut….

Bwef. Après ma crise maniaque, mon entourage était quelque peu secoué, surtout mon ex-petit-ami qui avait l’habitude de se reposer entièrement sur mes théories et mes agissements, il se trouva perdu quand je me suis retrouvée à baver et à lui expliquer que je voyais un arc-en-ciel dans ses yeux, et que l’on était tous des Dieux, et que le tremblement de terre qui avait eu lieu quand j’étais à l’hôpital le jour où on me faisait les tests pour savoir si je n’étais pas sous LSD, était la preuve ultime de mon avènement de prophète.

Ahem. Quelques mois plus tard, il se mit à rire devant mes amis qui ont été au courant de la situation, ah ben de toute façon « elle fait des tremblements de terre ! » et tout le monde éclate de rire. Je sens comme une lance de pierre dans mon coeur, tout mon sang arrête de circuler. Je vois ces amas de chairs nommés humains, rire à gorge déployée d’un événement traumatisant qui m’a valu un rapatriement de mon stage que j’avais adoré, une dépression d’un an, des anti-psychotiques qui m’ont fait perdre 4 points sur le permis, j’ai gagné 15 kilos, failli arrêter mes études et pensé au suicide.

Sur le coup, auparavant si prompte à rire, surtout humour noir, j’ai perdu tout sens de l’humour et de répartie. La dépression enlève la répartie, je me suis juste sentie très mal à l’aise, j’ai feins un demi-sourire et le lourd a insisté, tant et si bien qu’à la fin de la soirée quand tout le monde est parti je lui ai remis les idées en place. Un autre « ami » qui a aussi vécu ma crise maniaque riait également de cette situation ou bien y faisait allusion. J’ai vécu ces moments comme une douleur ultime, difficilement descriptible par les mots. Un espèce de ressentiment de dégoût entre la prise de légèreté du problème, le déni…

Et pourtant. Malgré que mon ex soit un fieffé connard (si tu passes par-là ne m’en veux pas, on a quand même vécu des bons moments!) ils ont essayé de me « forcer » à rire, je trouvais ça d’autant plus ignoble que je souhaitais juste qu’on se rende compte de la gravité de ce qui m’arrivait, on m’a dit quand même que j’étais folle, je me suis vue perdre la tête, je me souviens de tout comme si c’était hier, on perd la confiance que l’on a en soi, en ses propos, on ne sait plus qui on est vraiment.

Et pourtant. Avec le temps, j’ai ri. Au départ, très jaune, et rouge colère. J’ai pleuré aussi souvent car beaucoup de mes camarades de classe étaient au courant, j’avais pris le parti d’en parler aux professeurs puis aux élèves car ils me posaient trop de questions et ils avaient entendu des rumeurs. J’entendais parfois des blagues méchantes sur « la bipolaire » en cours, il m’est arrivée me lever en plein cours et d’aller pleurer dehors. J’ai eu la chance d’avoir le soutien de l’équipe des mes professeurs, mon directeur, et bien-sûr la majorité des élèves, même si l’on m’a souvent dit que je m’en servais comme une excuse ou que ce n’était pas une maladie. J’avoue, je ne serai pas passée par ce que j’ai vécu, mais alors, j’aurais aucune idée de quelle forme aurait pu prendre cette particularité.

A l’heure d’aujourd’hui, j’en ris désormais, mais seulement si c’est moi qui raconte l’histoire ou bien que je ne sens aucune intention malsaine de l’interlocuteur. A vrai dire aujourd’hui je ne partage mon secret qu’avec peu de monde : ils n’ont pas besoin de savoir, le handicap est invisible. L’humour c’est un peu la richesse du pauvre, c’est une manière de sublimer ce qui nous arrive, de prendre du recul, d’essayer de se mettre à un autre point de vue. Il est vrai que je devais être drôle quand je suis arrivée avec deux balles de tennis dans la main, persuadée qu’elles avaient été mises de manière divine sur mon chemin ! Puis mon ex et mon ami ont vécu l’histoire de trop près, et je me rends à peine compte de la peur qu’ils ont eu. Je pense que vivre la crise maniaque de l’extérieur, c’est juste ressentir toute l’impuissance à raisonner la personne qu’on aime, c’est elle, mais ce n’est plus elle, elle est partie trop loin, et on ne sait pas comment la ramener.

Et c’est là qu’après le bouclier de l’humour qui protège votre entourage et vous-mêmes pour dédramatiser les situations, advient l’Amour. J’insiste sur l’amour qui est selon moi la plus grosse clé naturelle pour « soigner » la bipolarité. Je suis passée par la case folie sans passer par l’hôpital psychiatrique. Je suis redescendue de mon nuage au bout d’une semaine et demie seulement, je savais que j’avais déliré (même si je doutais encore un peu) tout ceci grâce à l’affection que j’ai reçue. Ma colocataire était bipolaire en fait, et elle a exactement conseillé comme il fallait l’entourage : tout le monde est entré dans mon délire, ne m’a pas montré sa peur, et j’ai eu beaucoup de marques d’affections, de déclaration d’amitié, mon ex qui pour une fois était romantique et s’occupait de moi ! Mes parents si distants d’habitude m’appelaient tout les jours pour me dire « je t’aime » et en même temps je le disais toute la journée au premier passant venu…. D’ailleurs si dans votre entourage un de vos amis commence à vous faire de grandes déclarations d’amitié, des « je t’aime » ce sont un des signes que la personne est en train de monter.

Puis l’Amour m’a sauvé de la mort et me sauve régulièrement. Franchement, je ne sais pas vous, mais souvent, j’ai plus envie. A quoi bon se casser la nouille hein, je vais mourir comme tout le monde non ? J’en ai marre de devoir aller travailler, gagner de l’argent, me taire et m’écraser devant des connards, respirer de l’air pollué, entendre les mauvaises nouvelles de la planète du soir au matin, et j’en passe… Et dans ces moments-là, je songe à des moyens de me supprimer de manière douce, et surtout, aux conséquences.

Ce qui m’a empêché d’aller trop profond dans la dépression et trop haut dans la crise c’était l’amour. Là-haut, la seule question que je me suis posée, c’est « qu’est-ce que je suis bien, j’adore !!! » mais j’ai compris que j’étais coupée des autres et qu’on ne pourrait pas se comprendre. Alors, je suis « revenue ». Et dans le moment sombre, quand chaque jour mon cerveau semblait mort, ma pensée sans aucun avenir, j’avais ma famille et mes amis qui m’appelaient, alors que j’étais inintéressante et que je n’arrivais pas à prononcer 3 mots, et en plus je culpabilisais.

Mais je suis restée et revenue pour eux. Même si vous pensez être seuls, pensez toujours qu’il y a une personne qui vous aime, et vous aimera (les animaux comptent!) et pour qui vous laisserez un vide immense et irremplaçable.

En tout cas, à l’heure d’aujourd’hui, j’ai récupéré mon humour à 100%, parfois bien pourri parfois bien noir (à user avec modération!) mais c’est une vraie détente et un soin pour l’esprit… Eh oui, on est fous ! Mais plus on est de fous, plus on rit, non ? 😉

Je vous embrasse mes petits,

L.

 

 

 

 

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