Le traitement d’une bipolaire

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J’arrête les antidépresseurs.

Voilà la principale raison de cet article. Pourquoi ? Il fut un temps, mon petit-déjeuner ressemblait à la photographie.

Ma mère est infirmière. Elle n’a jamais refusé de travailler avec une quelconque pathologie et a mis les mains là où d’autres ont la frousse : soins palliatifs (soins apportés à une personne qui va décéder), SIDA, cancer… Mais elle a toujours refusé de travailler avec les « fous », les malades mentaux. J’entends ça depuis ma petite enfance. 

 » Hello mum, je suis folle ! Bipolaire, et puis comme c’est pas assez mon petit-ami aussi; schizophrène ! Et en plus je l’aime bien celui-là. »

Il paraît qu’il faut faire attention à ce que l’on ne veut pas…

Donc… Ma mère m’avait gentiment acheté un pilulier avec écrit les jours de la semaine. J’ai trouvé l’attention sympathique, et même drôle ! Humour noir j’ai rebondi en me disant que j’étais similaire à ses patients d’un âge avancé.

Au départ, il y a eu les antidépresseurs, lors de ce qu’on a appelé pour la première fois dépression quand j’eu 23 ans. Je n’y croyais guère. Le bien-connu Prozac, avec en médicament générique « Fluoxétine ». Pourtant, effectivement les 15 jours passés, je me suis sentie de mieux en mieux, et 6 mois plus tard j’arrêtais et je reprenais une vie normale, persuadée qu’un épisode dépressif peut arriver à tout le monde, une fois passée ma culpabilité.

Puis ensuite, ce fut des antipsychotiques : Risperdal. Là, c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup moins drôle. Quand j’étais en connexion avec Dieu et l’Univers, on m’a dit qu’il fallait prendre des cachets pour redescendre sur Terre, que c’était pour mon bien. C’était déjà pas évident à accepter de la part d’une Prophète mais j’ai quand même obtempéré. On ne m’a bien-sûr pas dit que j’allais avoir des effets secondaires affreux. J’ai commencé à baver, à avoir des mouvements incontrôlés du visage qui me faisaient mal jusqu’à que je pleure (je croyais être possédée, ma mâchoire se décalait et se bloquer vers la droite, et ma langue sortait toute seule). Je dormais également beaucoup, et on me forçait à dormir, à coup de doses de cheval et de gardes du corps de chambre. T. prend aussi du Risperdal pour sa schizophrénie, cela atténue fortement les voix, parfois à les faire disparaître totalement.

Puis vint l’explication du psychiatre  :

 » Vous êtes folle, vous le serez toute votre vie, mais ce sera mieux avec des cachets. Bon OK, c’est pas top, je sais que tu as envie de remonter là-haut, puis tu vas grossir, et avoir certainement des effets secondaires. Mais la plupart des bipolaires vivent bien et ont une vie « normale » ! Tu devras juste avoir des horaires réguliers et dormir minimum 8 heures par jour, ne pas boire d’alcool, éviter tous les excitants (cigarette, thé, café…), ne pas vivre de moments trop intenses, éviter toutes les situations de stress, ne pas voyager… »

Puis après j’ai arrêté d’écouter car j’ai pensé au suicide, vraiment.

Dans ma tête j’hurlais déjà : MAIS QUELLE VIE ALORS !!!!! Tout ce pour quoi je vivais venait de m’être enlevé. Je me sentais bien, marginale, décalée. Suivre ces règles d’hygiène de vie au-dessus était pour moi un pêché, une faiblesse, devenir un mouton de la société. Je n’aimais la vie que dans l’intensité. Aujourd’hui on me demandait d’être une humaine bien rangée.

S’est ensuivi la prise quotidienne du Dépakote. J’ai pas du tout kiffé, j’en ai pris pendant 8 mois, difficile de faire la part des choses entre les effets de la dépression et ceux des effets secondaires. J’ai pas été mieux, j’ai perdu des cheveux, pris du poids, et eu une somnolence quasi-permanente. J’avais aussi de gros tremblements des mains pendant un moment.

Puis j’ai arrêté le Dépakote, en accord avec mon psychiatre, on a diminué la dose et puis j’ai enquillé sur le Lamictal, que je prends désormais en dose minime, accompagné d’une dose minime d’antidépresseur, toujours Prozac (fluoxétine). Je n’ai pas fait une crise maniaque de nouveau, ni une profonde dépression. J’étais exaltée cette été, et je suis encore un peu brumeuse cet hiver, mais rien qui ne faille tirer la sonnette d’alarme.

J’ai quand même pris du poids, 12 kilos de plus que ce que je devrais faire. J’avoue que depuis quelques mois je me lâche : Mcdo toutes les semaines, pots de glace entier, brioches qui traînent, restaurants… Une psychologue m’a dit que l’amour fait grossir. Alors je suis vraiment très amoureuse 🙂 Je n’ai plus le temps de maltraiter mon corps, je considère donc pouvoir continuer à me gaver, le temps de finir mes études (plus que 3 mois!) et ensuite essayer de perdre mes kilos.

En attendant, j’arrête les antidépresseurs. On va arriver sur la période du printemps, les beaux jours … continuent, il n’y a pas de raison que je sois plus triste ou renfermée que n’importe qui d’autres. Parfois je me trouve même beaucoup plus optimiste et légère. Parfois. Il y a toujours l’alternance avec des profondes remises en question et des idées comme si le ciel me tombait sur la tête et que tout était pesant et sans sens.

Actuellement, peut être que vous avez envie d’arrêter votre traitement. Il paraît que dans la schizophrénie c’est possible de guérir totalement, je n’ai rien lu de tel pour la bipolarité. Donc je me fixe comme premier objectif d’être bien avec le minimum de médicament, c’est la nouveauté : il ne me reste que le stabilisateur d’humeur, à dose minimale. Je balise le secteur, je vis chez ma mère, j’ai mes amis au courant de la situation, ma famille, mon chéri, je n’ai pas de grands projets ni de grands changements dans les mois à venir.

Si la vie m’apprend un jour qu’on ne peut pas vivre sans traitement en étant bipolaire ( on peut, mais alors on risque une grosse dépression ou crise maniaque et d’essuyer les pots cassés ), eh bien j’abdiquerai. J’abdique déjà, quelque part. Y en a bien qui sont diabétiques à mon âge… Et je continue à boire du thé, de l’alcool, à dormir un peu moins et à vivre des bouleversements. Mais je ne crierai pas victoire, je remercie la vie tous les jours de m’apporter sérénité dans le cœur.

Sache-donc que si actuellement tu es engourdi par les cachets, que ta libido est à zéro, que tu marches les yeux fermés, que tu te balances sur tes pieds sans pouvoir t’arrêter, que tu n’arrives plus à envoyer un texto ou lire un livre, que tu as perdu toute ta mémoire… Tout revient, exactement comme tu étais avant. C’est mon cas, j’ai tout récupéré, et chaque jour je récupère. Je fais aussi beaucoup d’hypnose, je t’en parlerai bientôt, je sais, j’en parle à chaque fois. J’ai tellement de choses à vous dire.

Je vous embrasse mes loulous,

L.

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4 réflexions sur “Le traitement d’une bipolaire

  1. Pingback: Naissance du blog. | Blog d'une bipolaire, surdouée et d'un schizophrène

  2. Moi aussi, j’ai opté pour le traitement minimum, c’est un choix de vie.
    Après avoir testé pas mal de psychotropes sur le marché, le Risperdal entre autres, j’en suis venue à la conclusion suivante :

    je préfère marcher sur le chemin escarpé du bien-être avec toutes mes facultés pour pouvoir évoluer sur ce chemin enrichissant, plutôt que de marcher sur le chemin chimique de la stabilité, à côté de mes pompes et sans flamme intérieure.

    Le risque zéro n’existe pas dans la Vie, la chute fait partie de l’évolution et du changement, ce n’est pas un échec mais l’indication d’un changement à faire. On apprend de ses chutes si on s’ouvre à cette possibilité.

    Ma dernière chute a été nettement moins importante que les précédentes. J’étais déjà engagée dans un travail sur moi-même à ce moment-là.
    Cette chute a eu lieu malgré mon traitement.

    Les messages que j’en ai déduit ont été ceux-ci : « les médicaments ne suffisent pas pour t’équilibrer, continue à prendre soin de ton être intérieur », « tu as développé une plus grande conscience de ton trouble, cela te permet de te relever plus vite ».
    Le message qu’en a retenu ma psy HP a été celui-ci : « c’est une rechute ! Il faut absolument augmenter le traitement ! ».

    Je me suis finalement écoutée car je crois en mes ressources naturelles et j’ai refusé d’augmenter mon traitement.
    Je continue donc à grimper une à une les marches de mon mieux-être intérieur avec une légère béquille médicamenteuse (lithium, très peu d’effets secondaires pour moi) plutôt qu’avec le fauteuil roulant que m’imposait la psy, c’est pas pratique pour monter ! 😉

    Pour moi, le mot « guérison » ne me parle pas, je ne souhaite pas guérir chimiquement de mes troubles pour revenir comme avant. Sans gros troubles, j’étais déjà inconsciemment dans un mal-être intérieur. Même sans trouble, je peux ne pas me sentir bien dans ma peau.
    Les mots « transformation »,« évolution » vers un bien-être intérieur me conviennent mieux.
    Cette évolution est accessible à tous, même avec des médicaments, même avec des troubles. Mais ce ne sont pas les médicaments qui vont nous apporter ce bien-être durable malgré les tempêtes, ils n’ont pas ce pouvoir…Nous nous l’avons, à condition de le décider et d’y croire.

    Céline.

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour, je m’appelle Valérie et je suis Bipolaire de type 2. Ce diagnostic est tombé en Mai 2015, alors que j’étais hospitalisée depuis décembre 2014. A la clinique, les psy m’ont bourré de médicaments : 3 antidépresseurs, 1 anxiolitique du laroxile et du valium pour mes angoisses. C’est le dr Christian Gay qui a mit un nom sur ma pathologie. Aucun psy, à la clinique ne m’ont fait de diagnostic. Ce que je leur reproche, c’est qu’il m’ont empilé les médicaments et aujourd’hui çà fait 9 mois que je suis rentrée chez moi, avec mon médecin ont essaye de diminuer le laroxil et je rechute au bout d’une semaine. Nous avons essayé 2 fois. Les psy m’avaient donné du dépakote et là j’ai pris 20 kg et je perdais beaucoup mes cheveux. Comment faire pour vivre juste avec un thymorégulateur et 1 antidépresseur si besoin. J’ai 50 ans, je vis seule. Je ne peux plus travailler à temps plein car les médicaments me fatiguent beaucoup. J’ai besoin d’échanger avec d’autres personnes qui ont cette maladie.

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      • Bonjour Valérie, tu peux avoir des contacts par internet dans un premier temps c’est ce que j’ai fait : forums, blogs… Dans mon cas il ne me reste qu’un thymorégulateur le lamictal à faible dose après 1 an et demi. J’ai aussi pris beaucoup de poids avec le dépakote et perdu mes cheveux, j’ai donc arrêté et mes cheveux sont de nouveau fournis et bon… je mange beaucoup alors le poids on verra après 🙂 Tu as raison de vouloir te rapprocher de personnes qui vivent le même cas, peut être as-tu des associations autour de toi ? En tout cas sache que c’est possible de « s’en sortir ». Tu as le blog de W. aussi « la vie d’un bipolaire » il organise des rencontres en réel avec des bipolaires et autres hypersensibles si tu es aux alentours de Paris. L’aide d’un psychologue spécialisé, coach, peut aussi aider à surmonter la solitude et nous donner des bonnes astuces. Bon courage et tiens-nous au courant

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