Les femmes tristes ne ressentent pas.

Je me réveille ce matin avec cette phrase qui m’est apparue lors de mon sommeil, pendant un rêve.

J’étais dans un scénario habituel rocambolesque, et il me semble qu’une vieille dame me poussait à dire que j’étais triste. J’ai bien fini par hurler que non. Puis un gros roman est apparu devant moi, elle l’a montré du doigt, et elle m’a dit « regarde ». Une écriture rouge s’est formé dessus avec comme titre « les femmes tristes ne ressentent pas ». Dans mes souvenirs, j’ai cru percevoir de ma part un espèce d’acquiescement intérieur.

Je soutiens association créée il y a quelques mois : «  AHS : association des hypersensibles » d’un pote, W. au point que je vais même participer fin mai à un week-end d’hypersensibles 🙂 Voici son blog et ce qu’il organise notamment : Séjours Hypersensibles . Je sais que je fais partie de cette communauté. Cela fait déjà des années que j’emploie ce terme, notamment à la découverte de mon surdouement. J’ai fait le lien seulement après avec la bipolarité, il m’a fallu plusieurs personnes pour pouvoir associer les deux. Je ne me suis jamais renseignée sur ce terme jusqu’à aujourd’hui, mais je sais qu’il est adéquat de manière intuitive. Et je le vérifie : je vous livre la description de Wikipédia qui est étonnamment bien faite : Hypersensibilité définition

Avec le temps, je sens mon cœur dur comme un bloc de pierre. Depuis des années, je ne saurais même dater quand il s’est asséché, en tout cas je me souviens que vers mes 17 – 18 ans le processus de durcissement était déjà enclenché.

Sachez qu’une dépression n’est pas une grosse tristesse. Le fait que vous pleuriez tous les jours par exemple n’est pas un symptôme de dépression,  ou alors il indique qu’elle va arriver. Un jour, alors que cela faisait plusieurs mois que je prenais des anti-dépresseurs, j’ai eu une grosse crise de larmes qui a duré 3 heures. C’était vraiment très pénible comme sensation, moi qui n’aime déjà pas pleurer mais alors pendant 3 heures avec des gros sanglots comme quand vous étiez enfant… J’en ai parlé à mon docteur. Il m’a dit  » si tu pleures, c’est que tu guéris ».

La dépression, c’est l’absence d’émotions, de ressenti. Je sais désormais que si je suis en colère, ou triste, ou stressée (je n’envisage même pas d’être en joie, c’est dire) c’est un signe de bonne santé émotionnel. Mais non, toujours pas, j’attends. La dernière fois que je me suis sentie vraiment vivante et heureuse, j’avais 17 ans. Bientôt 10 ans ont passé depuis cette époque. Peut être étais-je en hypomanie, ce n’est pas à exclure.

Ou bien parlons de ce bonheur pathologique il y a deux ans, pendant la manie tout court. En plus de ne plus ressentir quasi aucune émotion, une espèce de neutralité voire d’indifférence s’accentue. J’ai employé cette technique de défense pour lutter contre ces émotions d’hypersensible qui me tordaient littéralement le cœur, une souffrance physique pour des émotions intangibles. J’en suis venue à la protection ultime, super, tadaa….  le non-ressenti ! Je patiente en me disant que cela reviendra, un jour, et qu’il faut que je simule dans un premier temps ces émotions, que je cherche à ressentir le moindre mouvement qui puisse m’animer, dans un sens ou dans l’autre.

 » Les personnes hypersensibles n’ont pas une réaction linéaire aux stimulus déclenchant une réponse émotionnelle : les ressentis et réactions sont perçus de manière exagérée par rapport à un individu neurotypique, mais la courbe d’intensité a tendance à suivre un effet de seuil. Comparativement à un individu normal, une situation perçue comme de faible intensité, ne déclenchera aucune réaction chez l’hypersensible, donnant l’image sociale au premier abord d’une personnalité froide et détachée. Cependant rapidement à partir d’une certaine importance dans la stimulation, la réaction émotionnelle va croître jusqu’à un niveau comparable à une personne normale, et rester stable sur un nouvel intervalle de stimuli, jusqu’à ce que l’intensité émotionnelle perçue se mette a croître exponentiellement et dépasser excessivement celle qu’aurait fourni un individu neurotypique. Cette sensibilité serait associée à un mode de traitement des données sensorielles particulier. Par exemple, certaines opérations perceptives reconnues comme étant influencées par la culture du sujet percevant semblent être perçues de la même manière par les hypersensibles d’origines diverses, ce qui indique que les facteurs sociaux qui modifient la perception ont moins d’emprise sur les hypersensibles« .

Cette partie de la définition m’arrangerait. Je ne ferai alors qu’écouter mes vraies émotions, pas celles que la société nous dicte « être heureux à une fête, un mariage, une naissance, une bonne note, un rendez-vous amoureux »… Alors j’attends bien le moment où j’éprouve de la joie et j’aimerai bien la voir s’exprimer.

Les émotions des autres m’énervent et me fatiguent. Pire, elles me paraissent incompréhensibles. Je me demande quels sont les moteurs de ces manifestations physiques bruyantes, je me demande si elles sont surjouées, je me demande si je suis normale ou alors quel mécanisme s’est cassé en moi. Je crois que j’ai atrophié de manière consciente, par des processus psychologiques forts de défense mentale, mes nerfs reliant les sensations aux centre des émotions. Émotions qui se seraient alors accumulées pendant des années, dans un recoin de mon être, et qui ont fini par exploser en manie avec un laisser-aller qui a modifié le contrôle sans relâche de ces barrières.

Du coup, je me sens sans cœur. Sans empathie. Agacée. Indifférente. En fait, je me sens désormais comme quelqu’un de « normal ». Je suis devenue la société, un être humain. Ou même pire. Quand systématiquement dans une fiction tu te reconnais dans le personnage qui n’est pas humain, et qui critique les humains, et qui généralement est tué à la fin parce qu’il n’éprouve aucun sentiment mais beaucoup de logique, tu peux te poser des questions. En fait, j’ai envie que les méchants de fiction gagnent. Qu’on éradique cette race humaine pleine d’illogisme. Je ne supporte plus mes congénères et ce que je dois supporter en les côtoyant. Hier, j’ai dû ne rien dire pour ne pas m’ostraciser encore. En fait, j’aurais voulu dire quelque chose, mais j’étais déjà  fatiguée, blasée et sans ressenti aucun de la journée que je passais. Utiliser ma salive m’aurait trop coûté.

Une fille à l’apparence plutôt sympathique et décontractée essayait de minimiser le fait de la cruauté de sa création d’un groupe facebook privé avec d’autres, des personnes de sa classe, qui mettaient des photographies atroces de toute sa classe qu’ils allaient chercher avec des anecdotes méchantes. Un jour, le pot-au-rose a été découvert, la directrice les a blâmés. Elle, elle trouvait cela « bon enfant ».

J’ai eu envie de lui mettre une claque. Qu’elle brûle en enfer. Tous autant qu’ils sont. Je m’en fous de leurs excuses, du fait qu’eux-mêmes ont dû être des moutons noirs plus jeunes, et qu’aujourd’hui ils catharsisent leur souffrance à travers les autres. Je m’en fous qu’un humain ait le droit d’être cruel, méchant, qu’il juge ça « bon enfant ». Les flammes, c’est tout. Voilà pour moi un individu qui devrait être éradiqué. J’emploie des mots qui font peur, autour de la mort, de l’extermination.

J’ai été une enfant et une jeune adulte, débordante d’amour, de paix, de naïveté. J’aurais voté à gauche à l’époque et je traînais avec des hippies, peace and love. Si je votais, aujourd’hui je voterai F.N, pour vous donner l’ordre de la caricature, les gentils à gauche, les méchants à droite. Je ne suis qu’une mi-adulte, aigrie, pessimiste sur le genre humain, auquel je ne me rattache pas du tout, sauf des mes grands discours dans lequel j’essaie de prôner l’erreur humaine. Je ne me suis jamais sentie dans l’erreur, en tout cas dans mes valeurs. C’est peut être le berceau des dictatures, des extrémistes, des actes horribles.

Alors, comment rend-on un être hypersensible, qui n’est que paix et amour, en un vampire sans cœur qui ne se reconnaît plus dans sa race ? Malgré que tous les jours des bonnes actions et des raisons de lutter lui apparaissent ? Simplement, il naît, et il vit.

Ecoutez ma noirceur sans faux-semblant, je ne représente aucun danger car je suis consciente de mes mécanismes. Si JE pense ainsi, quelles horreurs alors doivent croupir dans les autres conscientes humaines… ?

L.

 

 

 

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4 réflexions sur “Les femmes tristes ne ressentent pas.

  1. Pingback: L’éloge de la stabilité. | Blog d'une bipolaire, surdouée et d'un schizophrène

  2. PS : Je vais me calmer un peu sur la longueur (l’habitude des longs échanges me fait un peu perdre de vue le format commentaire…) mais c’est comme qui dirait un sujet… sensible. 😉

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  3. Tu sais la seule chose qui me fait bondir dans ce que tu as écrit ? C’est… de te voir parler par exemple d’hypomanies pour qualifier tes joies d’auparavant.

    Ca m’a laissée songeuse, non pas quant à toi, mais quant à ce que décidément on est en train de faire des hommes.
    Que l’un d’entre eux ait le malheur de vivre intensément, qu’il ait le malheur d’être habité de vraies joies et de vraies tristesses, qu’il ait le malheur d’emporter le monde avec lui chaque fois que son être se met à vibrer, qu’il ait le malheur d’avoir idée de ses lois, au monde, de savoir comment on l’agite et on le transforme, et il faudra à tout prix couper les ailes à ce trublion. Pour ça, pas besoin de les lui arracher, il suffira de lui apprendre à avoir peur de voler, à avoir peur de lui-même, il suffira de lui apprendre à avoir peur de ses joies et peur de ses tristesses. Et puis en guise d’intensité, on la lui vendra sans le risque qui est pourtant dans sa nature et dans sa noblesse, on lui dira : jouis, mais n’en meurs pas, jouis où c’est indiqué, indigne-toi où c’est indiqué, mais ne t’avises pas de vivre, tu pourrais en mourir, et nous veillons sur toi, nous ne voulons pas que tu meures.

    Ca me tue, c’est le cas de le dire, de voir autour de moi les meilleurs, les plus intenses, les plus créateurs, ceux des gens qui m’entourent qui sont des puits de vie et de sens, se laisser flétrir de désespoir au son des sirènes psychiatriques qui s’en vont leur susurrant que leurs joies sont de fausses joies et leurs tristesses de fausses tristesses, que tout ça c’est dans leur tête, que leur cerveau déconne, que la machine a un problème. Dites à un homme que ce qu’il a de plus profond, de plus intime, que ce qu’il sait être non seulement au fondement de lui-même mais au fondement de toute société et de toute humanité, dites lui que ce lieu en lui-même est dangereux, dissuadez-le de s’y rendre et de le connaitre, dîtes-lui qu’il n’est pas compétent pour gérer la « machine », faîtes-lui croire dur comme fer que vous l’êtes, et vous serez parvenu à le déposséder de lui-même, vous aurez dégoupillé en lui le créateur, l’empêcheur de tourner en rond, le visionnaire qui ne voyait que trop bien le mur dans lequel vous êtes en train de vous précipiter.

    La psychiatrisation de la vie, c’est la tyrannie de la médiocrité, par les moyens d’une bienveillante terreur exercée à l’encontre tout individu qui chercherait à sortir du lot, à s’aventurer par-delà les circuits de la triste machine. La médiocrité déteste par essence tout ce qui n’est pas elle, elle va de pair avec la hargne, sinon elle ne serait pas la médiocrité ; et elle va avec la tyrannie, la tyrannie des hargneux. Ce qui est grand se réjouit de ce qui est grand et ne cherche pas à le rabaisser, auquel cas justement ce n’est pas la grandeur. La tyrannie des hargneux, elle, a un intérêt viscéral à ne voir personne sortir du lot, car dès que c’est le cas, un miroir lui est tendu où elle se voit vaine et servile, et où elle risque de mesurer l’étendue de son vide métaphysique.

    Pourquoi les gens qui ont un coeur sont-ils spontanément, physiquement haïs par la masse et sujets à ses soins ? Parce que physiquement ils sont un danger pour ceux qui vivent sur du vide. Leur simple existence, leur simple présence est susceptible de dévoiler la supercherie, et pourrait faire tomber des pans entiers de monde avec elle. Les voilà donc physiquement ressentis comme dangereux. On ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment, mais ces gens-là, « on ne les sent pas ». Et justement, ça, on ne manquera pas de leur faire sentir. Tant que le délire tient et que nous avons la force du nombre avec nous, on s’arrangera pour que cet individu ne gagne, lui, jamais en force, car la sienne, un peu étrange, si elle prenait de l’ampleur, pourrait contrarier la nôtre.
    Il ne faut pas croire non plus que tout cela soit conscient. Ce sont des accords tacites passés entre les âmes, ça se déroule dans les replis des regards et le courant souterrain des passions.

    Ca va sans dire mais ça va mieux en le disant : les « méchants » n’existent que parce qu’il y a des « gentils ». Et plus les gens croient être des gentils, plus ceux qui s’efforcent de contenir en eux les deux polarités équilibrées – c’est à dire les gens vivants – vont se retrouver précipités du côté des méchants. Moins les gens prennent sur eux la responsabilité d’être des humains et plus ils se réfugient sur un petit îlot de bonne conscience ; plus ils deviennent faibles, et plus ceux qui refusent de consentir à s’affaiblir de la sorte – rodés qu’ils sont à leurs propres démons, soucieux de l’équilibre, et contraints par les autres de se récupérer les caisses de la noirceur dont ces autres n’ont pas voulu – plus ceux-là donc, se voient affublés de l’étiquette de l’Ombre. Et risquent sans cesse de la devenir et de perpétuer le jeu, tellement leur coeur est mis à rude épreuve : solitude et abnégation sont leur quotidien, ils en viendraient presque à croire au Mal, eux qui pourtant sont ceux d’entre tous qui savent, au fond du fond d’eux-mêmes, ce que la vie a de valeur et qui ont de cette valeur une expérience de première main !

    Je n’ai trouvé de solution à cela que d’essayer de métamorphoser la haine qu’on voudrait me faire ressentir à l’égard de moi-même en une espèce de compréhension plus vaste et plus profonde de ce que c’est au juste que le mal. Tout ça se passe dans mes entrailles, mais c’est ma vision du monde et des autres qui en est peu à peu transformée en retour, à tel point que cela seul peut éventuellement dégoupiller la haine qui vient d’en face ; et lui opposer de toute façon une résistance d’un autre ordre que ses déchainements inutiles.

    J’ai l’impression que notre rôle, notre résistance, elle est de ressentir. De prendre le risque, ce qui est aujourd’hui le risque de ressentir les choses jusqu’au bout, peu importe la douleur que ça implique, et peu importe pour moi-même que je doive passer à l’occasion pour une sombre connasse. On meurt d’être empêchés de tous les côtés de faire confiance à ce qu’on ressent. S’il y a un lieu à reconquérir, à se réapproprier complètement, c’est notre intériorité, sans quoi le monde nous échappe, nous n’avons aucune prise sur lui, et les plus idéalistes en deviennent des cyniques. Si on musèle l’intériorité de gens comme toi, c’est parce qu’elle est insupportable. Reprend le pouvoir, c’est là qu’il se trouve.

    Zoubis. 🙂 (pavé un jour, pavé toujours, youplaboum)

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