Partie 0 : Je suis… surdouée.

Parce que j’ai été déclarée surdouée avant d’être déclarée bipolaire.

Et cela m’a rendu au final schizophrène. Roooooh, je plaisante, c’est T. mon chéri qui est schizo, qui dort à côté de moi, qui vient de se retourner certainement parce que les touches de mon clavier l’empêchent de dormir. Ce blog est après tout, constitué autour de trois thèmes majeurs : la bipolarité, la schizophrénie, et la douance (être surdoué). On finit par s’arracher les cheveux avec toutes ces dénominations, non ? 😉 Du jour où j’ai été diagnostiquée, maladisée « bipolaire », mon haut-potentiel, mon Q.I au-dessus de la norme n’a plus été une préoccupation majeure. J’ai tout misé sur le cheval boiteux. Après tout, j’avais déjà bien acquis de connaissances sur la douance, c’est que je devais m’ennuyer et basculer sur les troubles psychotiques afin d’avoir un peu plus de lecture.

Come-back sur la douance dans ma vie

Tout comme le terme bipolaire, le terme surdoué était inexistant dans mon vocabulaire et dans mon environnement. Je n’avais jamais vu d’émissions là-dessus (ou bien des extraits à la T.V d’un garçon boutonneux qui a eu son BAC S à 14 ans avec mention TB) et en plus, c’était bien loin de m’intéresser et d’entrer dans les préoccupations de la jeune fille en fleur en début d’âge adulte que j’étais. Je n’ai jamais fait de test de Q.I sur internet, et je n’y avais par ailleurs jamais pensé.

Somme toute, mes préoccupations étaient mon petit-ami, mes amis, l’école, mon apparence physique, ma famille, mes passions, comme l’écriture par exemple. « Heureux les simples d’esprits car le royaume des cieux leur appartient ». Un truc du genre, qui est d’ailleurs pas mal galvaudé et placer cette citation ici ne fait que renforcer son interprétation ambiguë. Vous z’avez cas chercher sur google pour en apprendre plus sur la vraie origine de cette phrase utilisée à tort et à travers.

Si un jour vous vous intéressez au sujet, vous lirez que le surdoué souffre lui aussi de préjugés. Le pauvre, on va le plaindre Einstein.  Il n’est pas ce petit intello binoclard (j’avais des lunettes, je vous rassure) avec ses chemises à carreaux, avec la bosse des maths. Bien qu’il puisse l’être. Certes. J’ai dans la majorité des cas toujours eu des notes supérieures aux autres à l’école, dans les matières qui me plaisaient, et quand je travaillais ponctuellement. Un peu comme tout le monde, en fait. Je n’ai pas sauté de classe comme cela a été le cas d’autres enfants. Je crois même qu’on a hésité à me faire redoubler le C.P. Je me souviens avoir été brouillon et cracra dans mes dessins de maternelle, avoir de grandes difficultés à apprendre à lire l’heure, à faire mes lacets, à apprendre mes tables de multiplication, à comprendre la grammaire, à faire des calculs et des mathématiques en règle générale. Même à lire, j’ai des souvenirs de moi faisant semblant de savoir lire alors qu’en fait j’avais juste appris par coeur pour qu’on me lâche la grappe. Typiquement, encore à 26 ans, je séchais toujours plusieurs cours, et quand j’y étais, je dormais ou bien j’allais sur Internet. Puis je faisais mes devoirs au dernier moment. Comme tout le monde, me direz-vous ! Et je vous répondrais : vous avez raison ! Mais pas comme tout le monde, malgré ces absences physiques et mentales et un travail qui en apparence à l’air bâclé, j’ai toujours réussi, et souvent mieux que les autres, jusqu’à l’excellence.

Enfant, j’avais l’impression d’avoir du retard sur tout : l’apprentissage de la natation, du vélo. J’étais déjà surdouée en relation sociale : à peu près mise à l’écart partout, voire même, dans un cours de danse, traquée par deux filles. Je pose toujours des tas de questions, qui m’ont valu tant de fois de la part des autres une impression de débilité, quand on ne me le disais pas carrément. Je me force un peu à me taire en ce moment parce qu’elles ne sont pas essentielles, je n’obtiens pas ma réponse, et puis je passe pour une débile. Si la parole est d’argent, le silence est d’or. J’ai remarqué que les gens normaux, les moldus, ne posaient jamais de questions par peur de montrer leur bêtise, et faisaient des efforts pour paraître intelligent. Je fonctionne donc à l’inverse du moldu.

Ah oui, qu’est-ce qu’un moldu ? Pour les fans d’Harry Potter, un moldu est un être humain non-sorcier, non-conscient du monde des sorciers. Il n’est qu’une métaphore rigolote que j’emprunte pour désigner ce qu’on appelle plus justement les « neurotypiques », terme inventé par les autistes, pour les gens qui ne seraient pas autistes, qui eux seraient les « neurodivergents ». On voit donc que le film divergente et autres fictions nous ont lâchement copié ! Nous les zèbres (autre terme pour désigner les surdoués qui ne se reconnaissent pas dans les termes de surdoués ou haut-potentiels), on a fait glisser le sens de neurotypique en l’empruntant et en l’appliquant à toute la population qui ne présente aucune divergence du bulbe effectivement, le NORMAL, le cerveau lambda, le mouton génétique, la quintessence de l’uniformité.

Là, au niveau des termes, j’espère que vous ne vous êtes pas noyés. C’est dire qu’il y a querelle sur les étiquettes, à laquelle je ne prends pas part, comme je l’explique ici : Le tabou des mots/maux : bipolaire, schizophrène, surdoué

Revenons à nos moutons moldus, cette masse méprisable constituant les Q.I situés entre 90 et 120 grosso-modo (là aussi, ça se querelle sur les chiffres), dont vous faites probablement partie puisque les surdoués ne représentent que 2% de la population. Bon allez, si vous lisez mon blog, vous remontez quand même dans mon estime. Mais peu.

N’est-ce pas ce que vous aimeriez entendre de ma part, que j’ai un complexe de supériorité à cause d’un encéphale hyper-développé ? Que je manque tellement de confiance en moi par une carence narcissique de mon enfance blessée dans mon amour-propre afin de quémander un peu d’amour autour de moi ?  Que ma réussite scolaire ne se fasse qu’au détriment de ma vie personnelle, de mon physique ingrat ? Allez, la nature a horreur du vide. On m’a un peu trop donné, soyons un peu communistes et partageons la merde. Dans mon cas, je suis aussi bipolaire, peut être alors je vais vous apparaître plus sympathique à vos yeux.

Trêve de plaisanterie, et article à rallonge. C’est une de mes caractéristiques, écrire à rallonge, et c’est bien sur un article de la douance que je vais faire le moins d’efforts possible pour vous montrer que je pourrais écrire un livre rien que ce soir avec tout ce qui me passe par la tête. En clair, vous montrer la manière dont chez moi elle peut s’exprimer.

Avant donc, comme Harry Potter, j’étais une moldue avec une cicatrice invisible sur le front, qui se sentait différente, parce qu’on me l’a fait sentir, et parce que j’ai observé très tôt un décalage dans ma manière de penser, d’agir, et de parler. Des décalages que mon cerveau a toujours du mal à accepter. Dans la cours de récréation, la méchanceté des enfants entre-eux. Le principe du mouton noir : le groupe qui va prendre la cible la plus faible et en faire un sorte de souffre douleur pour exorciser les émotions négatives du groupe. Chez les animaux, c’est un peu l’animal faible, vieux, trop jeune, malade, handicapé, qu’on va dévorer parce qu’il est plus faible et qu’il ralentit le groupe. Nous, on est humains, vous comprenez. On va le harceler pendant des années durant et avec un peu de chance, il finira dépressif et par se suicider.

Il paraît que l’humour est une caractéristique des surdoués. Perso, sur la dernière phrase du précédent paragraphe, je me trouve très drôle (c’est l’important, s’aimer soi-même, à défaut d’être aimé par les autres !). C’est qu’on a un humour particulier en général. Le mien peut être très grinçant, très second degré, très noir, affreux, ignoble ! J’ai appris à mes dépens que m’exprimer de cette manière serait comprise exactement à l’inverse, c’est-à-dire au premier degré. Les moldus s’expriment en général au premier degré, avec une préférence pour l’humour pipi-caca. Qui me fait beaucoup rire, mais là dans ces cas-là je suis souvent seule aussi, parce que je me mets du chocolat sur les dents j’ouvre la bouche et je fais « regaaaaarrrdeeee ». J’ai un ami, probablement sorcier surdoué, qui riait par le simple fait qu’on puisse lui dire « caca ». J’ai senti une connivence directe avec ce gars-là, et rien que cette information aurait pu être une preuve irréfutable de sa douance. Ainsi, Desproges par exemple me fait beaucoup rire, mais j’aime un tas d’autres humoristes qui sont plus accessibles, et j’aime l’humour très trivial bite couille caca. Et toute ma vie j’ai fonctionné sur le second degré, ce qui m’a amené à des situations délirantes de la part des autres. Puisque je partais du principe qu’ils avaient un cerveau bionique, tout comme le mien…

Je te vois là, t’indigner et fulminer en lisant ces lignes, je m’attendrais même à des commentaires rageux. On dit qu’en humour, il y a toujours une part de vérité. Pense-t-elle réellement qu’il existe des moldus et des sorciers et que ceux-ci n’ont pas de cerveaux, qu’il existe une sorte de race supérieure ? Ce qui me tenait à coeur, c’est d’être honnête avec vous. Force est de constater, eh oui mesdames et messieurs, que la majorité du troupeau est au cœur de la bêtise. Les surdoués préfèrent mettre l’accent sur ce qui nous rapproche des gens qui ne le sont pas. On a envie de se faire aimer, un peu comme tout le monde. Je le fais en général, insister sur mes points communs avec les autres.

Pour être totalement honnête, au départ, on se sous-estime tous. Comme je vous ai décrit mon enfance et mon adolescence. Parce qu’on s’auto-critique sévèrement, très très durement, qu’on est hypersensibles à tout, notamment aux remarques. On ne « sait » pas que nous puissions avoir seul raison parfois, et le monde entier tort. On finit par nous rejeter, on ne comprend pas pourquoi, on insiste pour s’intégrer, on empire les choses. Puis on fini par être triste, et on arrive parfois à être aigris à l’âge adulte, quand ce n’est pas complètement désocialisé. Donc par protection, on finit par faire une distinction entre vous et moi. Vous ne pouvez pas comprendre, car les dieux ne vous ont pas inscrits dans l’A.D.N le gène de l’ouverture d’esprit, la sensibilité, l’empathie. Ah bon, ce serait ça l’intelligence ?

Eh oui Jean-Mi (E=M6), l’intelligence ne serait donc pas le fait d’avoir des bonnes notes à l’école ! You ouh ! Donc on est tous surdoués ? Et non, sinon le monde serait parfait 😉 Je plaisante mais oui, la notion d’intelligence que vous avez est peut être teintée de beaucoup de préjugés et très peu des découvertes scientifiques. Il existe une pluralité d’intelligences, le Q.I est un outil à remettre en cause, etc. Là aussi je vous laisse aller faire vos lectures et vous forger votre avis personnel. 70% des surdoués sont en échec scolaire par exemple.

Il y a tellement de notions que j’aimerai vous expliquer mais j’en suis déjà à quasiment 2000 mots… Un surdoué peut être confus dans sa manière de s’exprimer, à l’oral et à l’écrit. Il peut être un puits de savoir mais ne pas savoir distinguer une information importante d’une autre, ce qui fait que mon cerveau traite toutes les informations de l’environnement de la même manière, ce qui cause des troubles de l’attention entre autres, et quand on parle, une impression de confusion, de saturation, de « saut-de-coq-à-l’âne » par l’interlocuteur. Une discussion entre deux HP (haut-potentiel) peut être difficile à suivre, mais pas pour eux qui comprennent quel est le lien qui a été fait pour que l’autre arrive à un sujet qui paraît être lié de loin.

Voilà, je viens donc de trouver un article clair là-dessus, parce que le reste est rédigé par des zèbres comme moi, et justement un peu de clarté vous ferait du bien car normalement, vous triez les informations importantes, et beaucoup de ce que j’ai écrit pourrait ne pas l’être pour vous, et vous avoir fait abandonner avant, si mon humour saupoudré de mégalomanie ne vous a pas fait vomir. Cet article évoque aussi quelques autres caractéristiques que l’on peut posséder : http://www.adulte-surdoue.org/2012/adulte-surdoue-espace-participatif/enfants-a-haut-potentiel-surdoues-precoces-zebres-qui-sont-ils/

Ce sera donc un des premiers jets sur la douance. J’aurais débroussaillé peut être quelques préjugés. J’ai parfois l’air bête, plus bête qu’un moldu. Moldu qui, par mes observations minutieuses, a d’ailleurs ce qui représente pour mes congénères et moi un défaut insupportable : il pense détenir la vérité absolue, défend son point de vue stérile sans écouter les arguments des autres, ne saisit pas toutes les nuances du langage qu’il emploie. Son seul but est de faire prévaloir son point de vue, souvent erroné.

En fait, un moldu est beaucoup plus à même de penser que vous lui êtes inférieur qu’un surdoué… ça troue le cul, hein ? Alors qu’on espère nous, secrètement, qu’on n’est pas si inaccessibles que cela, et qu’on aimerait bien discuter d’autres choses et avoir d’autres comportements que ce qu’on nous sert tous les jours, de la purée fadasse. Quand il m’arrive de me retrouver avec un pote surdoué, inlassablement on essaie de ne pas prendre de hauteur, de ne pas se différencier de la masse, mais ce qui est, est. L’intelligence est différente, y a pas à chier, et nos rencontres sont des bouffées d’oxygènes, même si elles doivent rester espacées : entre-nous, on se fatigue, on parle on parle on parle, on refait le monde, on rentre dans de la psychologie, de la sur-analyse, etc. Il m’arrive fréquemment d’être méprisée parce que je ne regarde pas le football, pas la télévision, parce que je n’ai pas la dernière référence sur des sujets « basiques »; admis communément par la société. Je suis « inférieure » aux yeux de ces gens-là. Et même si je voulais discuter d’un sujet, c’est eux qui ont raison, ils l’ont lu dans la gazette du moldu.

Aucun zèbre ne se sent à l’aise trop longtemps entouré de moldus. Celui qui viendra toquer à ma porte en me disant le contraire, je serais curieuse et attentive de l’écouter. De toutes les recherches que j’ai effectuées et par mon expérience personnelle, on se reconnaît entre nous, diagnostiqués et non-diagnostiqués. Et je vais même plus loin, pour avoir testé les moldus et les HP, être en couple en étant avec un HP m’est plus confortable. Ce n’est pas impossible attention ! Mon entourage est diversifié, mais l’entourage le plus proche s’est fait par sélection naturelle, par des gens qui ont les mêmes sensibilités et des modes de fonctionnement similaires.

Oui parfois, on pourrait nous accuser de sectarisme. Comme pour les troubles psychiatriques d’ailleurs. En même temps, qui aurait envie de se retrouver avec des gens qui vous font sentir mal à l’aise constamment ? Eh oui, comme les autres, on a des défauts, et j’avoue aujourd’hui, il m’arrive de penser que les gens sont bêtes. D’émettre ce jugement qui m’horripilait. Je suis comme tout le monde, à quelques exceptions près. Mais peu importe l’étiquette qu’on me colle, je suis humaine avant tout 😉

Je vous embrasse,

L.

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4 réflexions sur “Partie 0 : Je suis… surdouée.

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