Partie 3 : Le diagnostic du surdouement : le vrai !

Je me suis donc arrêtée à ce coup de fil réussi. Le fameux rendez-vous était pris. Il restait à y aller, seule, en bus, la nuit, épuisée.

Je suis arrivée dans cette demeure un peu loufoque, pleine de poils de chiens, un aquarium dans la salle et avec une dame pas du tout pomponnée, je dirai dépassant bien la cinquantaine. Elle était très gentille, je lui posais rapidement la question de savoir si elle-même était surdouée. Normalement, pas le droit de trop en parler, mais oui, elle l’est. En général, on ne s’intéresse pas à ce genre de sujets quand on n’est pas concernés… Et je me sens plus en empathie avec quelqu’un qui vit le monde de manière similaire. C’est aussi pour ça que j’ai dû mal avec les psychologues et psychiatres qui n’ont pas le « vécu » ou du moins un aperçu très proches des pathologies et des maux qu’ils rencontrent.

On a commencé à discuter naturellement, avec plein de petites blagues, de manière plutôt décontractée. Il faisait nuit la pièce était très sombre. Je lui racontais mon parcours, le pourquoi de mes doutes, mes réussites contradictoires… J’avais du mal à parler, je cherchais mes mots, je lui disais que j’étais complètement vidée et épuisée. En quelques minutes elle me dit « bon, on va passer le test, mais c’est sûr que vous êtes haut-potentiel ». En effet, les belges sont je pense moins focalisés sur le « chiffre du Q.I » que sur la manière différente de fonctionner, parfois source de souffrance pour la personne HP : haut-potentiel, synonyme de surdoué. 

Je ne peux pas vous raconter le test car le but étant que si vous le passiez un jour vous-même, vous n’ayez rien de « pré-conçu » qui pourrait grossir artificiellement le score. Le but était de comprendre peut être, à travers le prisme de la douance, un des aspects de ma souffrance. Normalement, en France, on le passe en 3 fois à peu près. La première séance pour parler, les 2 ou 3 autres pour passer le test et débriefer. Là, pressée par le retour imminent en France, je n’ai eu que deux séances mais de deux heures. J’étais exténuée, je n’avais goût à rien, je n’arrivais pas à me concentrer.

Le résultat est tombé : 125 de Q.I. Il faut savoir que certains établissent la douance à partir de 130 voire 132, et d’autres à partir de 125… Il s’avère que le score est faussé et que normalement je ne devrais pas le prendre en compte. J’ai ce qu’on appelle un « Q.I hétérogène » : je sur-performe à une partie du test (99% de réussite) et je sous-performe dans d’autres, la moyenne voire légèrement en dessous. Donc elle a écrit que j’étais haut-potentiel mais que les conditions dans lesquelles je passais le test pourrait fausser les résultats ( suspicion de dépression ). Il est fréquent que les surdouées aient un Q.I hétérogène… ainsi que surdoués les bipolaires. Pour tout savoir sur le test de Q.I en lui-même, veuillez trouver ce petit article très bien écrit par une maman zèbre (haut-potentiel) : http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/zebre-definition/

A l’époque j’étais loin de me douter que j’étais en dépression, et encore moins bipolaire ( un terme jamais entendu ! ). J’ai donc remerciée cette dame, et je suis partie avec mon petit papier. Elle m’a expliqué que si je voulais avoir mon « vrai » score, que j’en passe un autre dans 6 mois quand je serai rétablie. J’ai dit que non, c’est bon je savais que je pourrais m’observer à partir de ce prisme et trouver des pairs, et ainsi des solutions à mes problèmes, et que cela me suffisait. Je n’ai actuellement jamais repassé un test de Q.I. La première car je m’en fous du score, et le deuxième car si je ne m’abuse on tourne dans les 200 voire 300 € au total donc ce n’est pas non plus à la portée de tous !

Par contre elle a pu répondre à beaucoup de mes interrogations, et encore aujourd’hui je fais référence à elle quand je me pose des questions et que je me flagelle. Je lui parlais de mon immense difficulté à faire le ménage, la nourriture… Des tâches simples au quotidien. A m’organiser également. Elle m’expliqua que le HP n’aime pas faire ces tâches répétitives, et parfois monotones… Je ne suis donc pas fainéante ! Idem pour les devoirs. Il m’est arrivée de pleurer en me mettant devant mes devoirs, même à 23 ans. Alors qu’écrire une dissertation de philosophie en 2 heures le matin même, pondre 8 pages et avoir une bonne note en ne citant aucun auteur, ça c’était un plaisir 🙂

Un HP est un mélange de sous-estime de soi, avec une sur-estime de soi… Et ça ne donne pas grand-chose si ce n’est une bizarrerie pour l’entourage 🙂 Je lui parlais de mon papillonnage dans les études, les emplois… Elle fût catégorique en me disant d’arrêter de me torturer et qu’en moyenne un HP change tous les 2 ans d’activité. Elle a eu raison, encore aujourd’hui, même si j’espère la faire mentir pour… mon prochain boulot 🙂

Orthophonie, journaliste, professeur de français langue étrangère, équipière polyvalente à Mcdonald’s, barmaid, cuisinière, école d’hôtellerie-restauration, école de commerce, développement commercial dans le vin… Voilà un petit aperçu de ce que j’ai fait à présent. Je voulais entrer à l’armée, là, LOL. Je vais essayer de bifurquer vers de « la communication », de la com’ comme on dit, mais rien n’est jamais sûr avec moi !

Elle m’a expliqué la procrastination (le fait de toujours faire au dernier moment) et des tas de choses dont je ne me souviens plus. Elle m’a rassurée, et ça, ça m’a fait du bien 🙂 A l’annonce de ma bipolarité, j’ai dû aussi regarder ce passé sous ce prisme, et je me rends compte que c’est lié : douance et troubles psychiques. Mes études en orthophonie m’ont démontré que le HP présente ce qu’on appelle magnifiquement des « co-morbidités » (association de deux maladies, bien que pour le moment, la précocité ne soit pas reconnue en tant que telle 😉 ) : trouble déficitaire de l’attention, schizophrénie, autisme, dyslexie, dyscalculie…

L’échec scolaire est phénoménal. Pour plus d’explication visiter ce lien : http://www.cogitoz.com/PI.aspx?PLinkId=30&PT=100

J’ai donc pris le chemin du retour en train, en pleurant ma chère Belgique, à 23 ans, sans aucun diplôme, et une dépression diagnostiqué 2 semaines après mon arrivée en France. Le diagnostic de dépression a été très très dur à avaler… J’avais mal au dos, au ventre, j’étais fatiguée, je perdais mes mots, j’étais lente, je me sentais abasourdie, bonne à jeter au caniveau, une grosse loque qui ne prenait plus plaisir à rien, en colère, mais je ne pleurais pas… Le docteur m’a expliqué que la dépression s’exprimait de manière « physique » et non pas du tout comme on se l’imagine. Mais ceci est une autre histoire !

Je vous embrasse,

L.

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