Bipolaire à mi-temps.

Je procrastine, tu procrastines…

Peut être que vous êtes déjà tombé sur ce verbe quand vous étiez désespéré pendant vos études. Assis devant votre facebook/TV cours, vous vous demandiez pourquoi vous attendiez le dernier moment, pour réviser, faire le ménage euh… ne pas faire grand-chose en fait. C’est la capacité de remettre toujours les choses à faire au lendemain, puis au sur-lendemain, et la boucle se répète sans cesse… D’ailleurs une belle compétence, pas difficile à acquérir ! 😉 On ne peut pas dire que je procrastine, surtout pas au début de mon arrivée de déménagement, il y a deux semaines. Pour rappel je vis dans un petit studio avec T. en bas de chez ses parents qui sont des amours.

Il est vrai que dans l’idéal, j’aurais souhaité 2 mois de chômage confortable, à faire mes recherches de travail tranquillement dans un métier qui me correspondrait un maximum. Avec l’espérance secrète de passer novembre décembre sans rien faire, le temps de passer la future dépression. La première semaine, j’étais motivée et en forme. Je me suis inscrite à l’aquabike, j’ai eu rendez-vous à la banque, je me suis inscrite à pôle emploi, à une mutuelle, j’ai diminué mes abonnements téléphone… J’ai même donné quelques coups de fils dans le domaine dans lequel je veux travailler.

….

Ai-je vraiment envie de travailler dans ce domaine ? Ai-je vraiment envie de travailler tout court ? Autant de questions auxquelles je réponds par la négative facilement, si je ne me mens pas à moi-même. Je pensais être dans une phase de stabilisation et prévenir la dépression d’hiver tranquillement, en me trouvant un nouveau psychiatre, ne pas hésiter à remettre les antidépresseurs et à faire de la luminothérapie qui apparemment fonctionne bien. La dépression est elle arrivée plus tôt que prévu ? Je me lève heureusement tous les matins tôt, 7 heures, 8 heures. Je suis contente car en général peu, ou beaucoup, avant le réveil, mes chats viennent me marcher sur la tête, ce qui m’assure un réveil plaisant au final tellement elles me font rire. Le matin je suis en forme, prête à soulever des montages, hop hop je fais le ménage, je me prépare, je passe mes coups de fils, je sors, je peux faire ma paperasse, et puis vint le moment redouté où je vais manger à midi, et je sais qu’après, plus rien n’existe. Je lutte contre la sieste car elle se transforme en BIG sieste de 3 ou 4 heures. Vous savez bien que c’est mauvais, on se sent dans le pâté et inutile.

Les non-dits de la famille de T., pourtant bienveillante, me pèsent. On ne fonctionnera jamais comme eux. Et pourtant, on fonctionne, à notre manière ! Hier j’ai craqué. Après une nuit courte et mouvementée, remous avec T. oblige, je me suis activée comme à mon habitude. J’ai commencé les séances de kiné qui moisissaient sur l’ordonnance depuis 6 mois. Je sentais venir la pression de la part de sa famille, réelle de la part de la part de la soeur de T., inconsciente voire paranoïde de ma part pour le reste de sa famille. 2 semaines, seulement ? Que je suis là, et j’ai peur de me sentir un poids financier, je voulais donner une contribution financière à ses parents. J’ai voulu me justifier pour ma recherche de boulot face à la soeur de T. qui, premier cas que je rencontre, ne peut pas admettre qu’il existe une autre réalité que la sienne. C’est la normitude même ! Chacune de ses paroles est un jugement, un conseil directif, peu importe à qui elle le donne : elle peut juger la façon d’éduquer de ses parents, le comportement de son frère, mon comportement, etc. Du haut de ses 22 ans. De ses 22 ans de petite princesse qui a toujours tout eu, une famille aimante, un cadre de vie confortable. Certes, elle n’a pas réussi ses études, fait un travail de caissière (je ne dis pas que c’est dégradant !) mais à priori pas épanouissant pour elle. Elle donne sa morale sur la maladie mentale, qu’elle renie totalement chez son frère. J’ai beaucoup de rancœur vis-à-vis d’elle, je me focalise beaucoup sur elle ces temps-ci, alors qu’elle est moins présente que d’habitude. Elle crache sur tout le monde derrière, et n’ose pas dire les choses d’une manière correcte en face, seule à seule avec la personne concernée.

Je sais qu’elle a un bon fond, qu’elle n’est pas méchante et qu’elle voudrait tout arranger. Mais son attitude, que je ne sais pas qualifier, m’horripile. J’ai juste envie de me disputer avec elle, et lui balancer que quand elle aura vécu le centième de ce que j’ai vécu, elle viendra me donner des conseils. Sur un ton condescendant elle m’a dit hier midi :  » Alors, t’es allée comme je t’ai dit distribuer des C.V ? Qu’as-tu fait comme démarches ?  » Je me suis répétée, puis j’ai ajouté que pour l’instant on me proposait des mi-temps, etc. qui ne me permettent pas d’assumer ma situation financière.  » Et alors, tu crois que j’ai fait comment ? On a tous commencé comme ça !  » Là j’ai senti la pression monter, et je lui ai dit gentiment qu’elle a toujours vécu chez ses parents aux frais de la princesse, et qu’elle n’a contracté aucun prêt étudiant. Donc qu’elle ne peut en aucun cas comparer sa situation à la mienne. Bref… le ton est monté, et j’ai hâte de pouvoir déverser ma rancœur sur elle, peut être ma jalousie de son ignorance de la vie, d’une fille certes sans études et boulot qui la passionne, mais sans maladie mentale, et qui ne va pas payer de loyer dans le futur appartement rénové par son chéri. Pour elle, ce sont des paroles en l’air. Pour moi, c’est me renvoyer à mon statut d’incapable, alors que je sais que je me défonce pour rester la Wonderwoman que je peux être, à mi-temps seulement.

Hier, après cette discussion, j’ai craqué. J’ai dit à sa mère après le repas que je souhaitais contribuer avec une contrepartie financière, ce qui pour moi était normal. Et là, elle m’a répondu « mais ma puce, ne t’inquiètes pas, tu es la bienvenue, personne ne paye tu es notre invité ». La buée a troublé ma vision, quelques légers picotements lacrymaux ont commencé à s’installer. Mon dieu, je vais pleurer ! Et là, tel un bébé avec de gros sanglots, j’ai pleuré devant sa mère. Au début, je n’ai pas compris pourquoi. Je contrôle tellement cet aspect de moi. Et à chaque fois que je repense à cette instant, les larmes remontent. En fait, j’ai été émue. Par tant de gentillesse. Quand ta mère qui t’aime pourtant, ne t’appelles jamais avec un surnom affectueux, qu’elle réserve à ses animaux. Quand ta mère te dit clairement 1 jour sur 2 que tu es un poids financier… Ici, tout le monde est accepté, pas de contrepartie, on t’aime comme son propre enfant. S’est ensuivi une discussion de 2 heures où j’ai pu parler à cœur ouvert de mon parcours, de mon mal être face à sa fille, de mon rapport à ma propre famille, de la schizophrénie de T. Là, c’est elle qui a pleuré… Je ne savais pas qu’on pouvait pleurer de gentillesse. Pleurer de tristesse, de rage, de stress, mais alors pleurer d’émotion, ça ne m’est jamais arrivé, sauf quand je vois un accouchement à la T.V. Je suis contente de pleurer. Par ailleurs, en écrivant cet article, j’ai mis quelques chansons qui me touchent en ce moment, et je pleure tranquillement. Pas la petite larme que je me force à sortir de temps en temps. Ça fait du bien. T. est comme sa mère. Sensible, compréhensif, généreux. Pour les personnes différentes comme vous et moi, se sentir accepté pour ce qu’on est, je crois est une récompense inestimable. Peut être que pour quelqu’un d’autre, ce serait même juste normal, pire, acquis !

Ce matin, je suis allée faire du sport, du ménage. Je ne sais pas pourquoi, la fille qui s’occupe du secrétariat s’est prise d’affection pour moi en 2 jours. Elle me donne des tuyaux pour les emplois, sans que je ne lui demande rien. Elle m’attend pour fumer sa cigarette et discuter, comme on parle à une bonne amie. Aujourd’hui, j’ai voulu la questionner sur son parcours. Il ressemble tellement au mien. J’ai envie de placarder mes aspirations. J’ai envie qu’elle soit surdouée. Parce que jusqu’ici, je n’ai rencontré que des hommes qui l’étaient, et la seule vraie femme que je peux supporter et aimer, c’est ma meilleure amie. Le reste je n’y arrive pas, et elles non plus. Des comportements qui me semblent étrangers, vils, stratégiques, teintés de jalousie, de mal-être, etc. Alors oui, je dois me méfier. Mais elle a pris mon numéro de téléphone sur l’ordinateur et m’a envoyé deux offres d’emplois en plus, et aujourd’hui elle m’a carrément envoyé une capture d’écran sur mon portable. Je l’ai questionné : elle s’ennuie au bureau, donc elle utilise son temps  » à bon escient « . Je n’ai pas encore pleuré pour ça. Je pourrais. Pourquoi d’un coup, une gentillesse sans fondement ? La vie m’a appris que la gentillesse avait un prix. Un prix très lourd pour les naïfs comme nous. Je ne sais pas comment la remercier, je la taquine en lui disant que je lui offrirai un paquet de clopes si elle me trouve du boulot. Elle me répond que ce n’est pas pour ça.

J’aimerai qu’elle devienne ma copine. Je souffre de ce non-rapport avec les filles. Les femmes de ma famille détestaient le genre féminin, et j’ai grandi avec ça. Je me trouve bien trop masculine dans ma façon de penser, et mal à l’aise avec les filles, je ne sais pas comment m’intégrer. Je suis mise à l’écart rapidement. J’ai des pistes sur ce qui les énerve, et elles ont à moitié raison. Je ne me sens pas souvent femme avec mes petits-amis, j’ai toujours cet esprit masculin, décontracté qui leur plaît aussi apparemment…Dans cet article, beaucoup de thèmes se mélangent. Sous mon apparence souriante et dynamique, la tempête intérieure a envie de couler, de sortir. Mes blessures intérieures. Celles que mon inconscient bloque pour ne pas me détruire. Le rapport avec ma mère, avec ma féminité, avec la féminité de mes consœurs. Avec la seule personne qui m’aime « bof » dans la famille de T. une femme, encore, avec qui je n’aurais certainement jamais aucune affinités.L’envie de vivre ma vie à mon rythme, la peur au ventre de retourner à tous ces travaux, que je ne peux assumer qu’un temps, avec un stress démesuré.

Mais c’est la vie, la même pour tous, tu me diras. Eux, ils ne prennent pas de cachets. Ils ne se mettent pas 6 mois en dépression. Ils ne font pas la sieste. Ils n’écrivent pas un blog en espérant que d’autres viennent leur dire qu’ils aiment ses articles. Eux, leur façades sont blindées, leur personnalité étouffée. Je n’y arrive pas. Je n’y arriverai jamais, sinon le prix, c’est la dépression. Ils ne sont pas heureux pour le temps, ils rament aussi avec leur radeau. Le mien prend un peu plus l’eau, de temps en temps. Il n’y a qu’à regarder ce qu’on trouve sur internet en tapant dépression, burn-out, je dors trop, je n’ai pas d’argent… Dans 1 mois, je ne parlerai plus de cette situation nouvelle, puisque je m’en irai habiter avec T. Avec une autre peur, celle de nous enfoncer mutuellement. Les deux marmottes vont se blottir bien au chaud cet hiver, en hibernant sous la couette, en mangeant de la raclette. Tandis que la vie continuera, artificiellement, ne respectant pas la nature et engendrant la célèbre dépression hivernale, qui ravit les industries pharmaceutiques, les praticiens de tous poils.

Juste hier et aujourd’hui, je me sens secouée, avec la culpabilité croulante sur mes épaules. Et pourtant, je sais ce que je fais est bien. Avec toute ma volonté et ma transparence. Alors je stresse, je me lève de ma sieste. Je n’arrive pas à imprimer les 2 CV qui me permettraient de trouver un travail rapidement.

Je regarde Nini, un ami à T. et moi. Deux ans qu’il vit à son rythme, sans être heureux, ni malheureux. Il ne travaille pas, il vit chez ses parents qui l’acceptent, vient voir ses amis tous les jours, consomme ses substances avec plaisir. Oui bien-sûr, parfois il me dit que ce serait quand même bien qu’il travaille. Il demande si lui aussi il fera les choses un peu « normalement ». Nini est bipolaire, déclaré comme moi il y a deux ans. Lui, il s’est pris pour Dieu. Moi, une prophète. Rien ne l’attire, même pas un petit peu. La réflexion faite, c’est qu’il ne trouve aucun intérêt à jouer le jeu de la vie. C’est un discours que j’ai en dépression, et j’essaie de m’en éloigner. Je suis tellement bien quand je joue de la vie, sans efforts, avec plaisir. Nini me rappelle ce que je n’ai plus envie d’être et pourtant, l’angoisse est à ma porte, et il est mon miroir. A la moindre déprime, je panique, comme maintenant. Je sais que je peux m’enfoncer dans la vase sans pouvoir en ressortir, sans savoir sur le moment à quoi me raccrocher.

J’ai vidé mon sac, intérieur, mes poches d’eau, ma trace numérique ! Ça va mieux. Je ne culpabilise plus, je ne suis plus trop fatiguée. Je vais me reposer et faire des choses comme j’aime. Je procrastine. Mais je n’embête personne. Si je pouvais arrêter de chercher l’amour à l’extérieur de moi, et pouvoir m’aimer ni me soucier de l’opinion publique, eh bien… 

L.

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4 réflexions sur “Bipolaire à mi-temps.

  1. En toute sincérité, j’aime ton article L ! Il m’a beaucoup touché, écrit avec ton coeur et tes tripes.

    J’aimerais te soulager car je sens toute la souffrance et la colère qu’il y a en toi…

    Mais je ne peux pas, il n’y a que toi qui peux te soulager complètement en te donnant comme tu l’écris à la fin de ton article, tout l’Amour inconditionnel dont ton être sensible a besoin.
    Au quotidien, Aime-toi comme tu voudrais que l’on t’aime. Complimente-toi de tous les efforts que tu fais pour rester debout. Sois pour toi les parents que tu aurais aimé avoir…

    « Si je pouvais arrêter de chercher l’amour à l’extérieur de moi, et pouvoir m’aimer et me soucier de l’opinion publique…. » Tout est écrit, la solution à la dépression est en grande partie là.
    La premier pas d’Amour vers soi est plus difficile à faire que vers les autres, car il faut s’autoriser à se donner de la valeur, à se donner le droit d’être aimé et d’exister tel que l’on est…

    Ce premier pas d’Amour est pourtant vital à faire pour soi car comment Vivre équilibré et heureux si on ne s’aime pas ?

    Amour et confiance L.
    Céline.

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