Je suis… en entretien d’embauche.

Ah, ces éternels entretiens d’embauche, un pur régal !

Pour rappel je suis au chômage et je recherche activement un emploi. Retour sur les deux derniers entretiens et les réflexions qu’ils m’ont amenés.

L’entretien d’embauche est un exercice que je redoute mais pourtant nécessaire. Je sais si bien parler de tout ce qui m’intéresse, avoir une réflexion… Mais dès que je dois me présenter, analyser mon parcours et expliquer pourquoi je corresponds au poste, tout se mélange. Peur d’être trop naturelle, peur d’être mal jugée, peur de mal m’expliquer, peur de ne pas démontrer que je corresponds au poste, peur de ne pas avoir le temps de tout dire, peur de ne pas être comprise…

L’identité même de mon blog tourne autour de la question de mon… identité. Je n’ai jamais su qui j’étais. Je suis affectée par toute réflexion allant à mon encontre. J’ai une vision de moi-même, personnelle. Pourtant l’image que je renvoie n’est pas celle que je ressens. Ou que j’aimerai renvoyer. Quand je fais une compilation des adjectifs des autres à mon égard, certains se recoupent, et ne m’éclaircissent pas plus.

On a tous une carapace, à priori. Je n’ai pas l’impression d’en avoir une spécialement, ou si grosse qu’il faille beaucoup de temps pour m’analyser. Je me vois en tout cas plutôt en termes positifs qu’en termes négatifs, ce qui montre que l’estime de moi est correcte. C’est un bon pas pour avancer dans ses projets, et s’aimer. Pas de nouveauté, j’ai du mal à dire je t’aime, et je n’y arrive toujours pas envers moi. Pourtant je trouve que j’ai des tas de qualités ! Autant physiques, qu’intellectuelles, que morales. Mais est-ce que je ne mélange pas la réalité avec ce que je voudrais être, puis paraître ?

L’entretien d’embauche me renvoie systématiquement à moi. Mon secteur d’activité est le commerce… Et le produit à vendre c’est moi. Je dis souvent qu’il faut que j’aime le produit pour le vendre…

Par ailleurs, j’ai noté un mécanisme de défense. Très vite, je pose des questions au recruteur afin qu’il parle de lui, et aussi pour lui montrer que je l’écoute, que je suis curieuse.u fond de moi, j’espère secrètement qu’il aura abreuvé son penchant narcissique et que du coup j’attirerai sa sympathie.

Je me casse la tête pour mes C.V. J’en fait des sobres, des détaillés, des courts, des design… Je cherche sur Internet, je demande l’avis des mes anciens professeurs, de mon entourage. Pareil pour les lettres de motivation. Un seul mot d’ordre : l’adaptation à l’offre d’emploi. J’en fait des longues, des courtes, je fais des listes de qualités, défauts, je remanie mes expériences professionnelles… J’utilise Powerpoint, Word, Excel… Je dois faire professionnelle, originale mais pas immature.

Je me casse la tête pour mon physique. La photo du C.V : cheveux lisses  ? Ondulés ? Maquillée ? Naturelle ? Habillée en costume ou simple t-shirt ?

Je me casse la tête pour le physique le jour J. Je dois faire professionnelle, mais décontractée. Jolie, mais pas sexy. Alors je lis des articles, je regarde des tutoriels sur youtube pour les vêtements, les coiffures, le maquillage.

J’analyse la proie. Je googlelise les entreprises et les recruteurs, j’essaie d’analyser leur personnalité via leur FB, leur linkedin, etc. Pour me fier au peu d’éléments qu’Internet me fournit.Une photo facebook sympa ? D’accord, il veut laisser son côté nature et transparent. Aucun réseau social ? Il surveille son image de très près. Puis je me googlelise également pour essayer d’imaginer ce qu’ils pourraient penser de ma présence sur le net. Je prie pour qu’ils ne tombent jamais sur ce blog !

Puis vient le fameux entretien d’embauche… Je pars deux heures avant, je prépare mon sac. La trousse de retouche maquillage, avec le déo et le parfum, les C.V et LM imprimés, l’eau, les mouchoirs, les bloc-notes, le GPS et sa batterie externe, le numéro prêt à composer si j’arrive en retard…

Dans la voiture, je me fais les questions-réponses. Je prépare très peu à l’écrit (certainement mon défaut mais c’est plus fort que moi) et je me pose des questions et je me fais les réponses à haute-voix. Tout est clair, je donne les bons arguments : je me trouve astucieuse et pertinente ! Et lundi dernier, j’ai même fait mon auto-entretien carrément en anglais ! Je soupçonnais que j’allais être « interrogée » là-dessus.

Nouveauté bonus : j’essaie de me mettre à la place du recruteur. Un grand pas en avant pour essayer d’introduire autrui dans la sphère de l’image de moi. Si je ne me connaissais pas du tout, que je cherchais quelqu’un à recruter, serais-ce moi ? Sur quoi je me jugerai selon l’offre d’emploi proposée ?

Parce ce que je me fais beaucoup rire, je sais que je fais du second degré. Je sais que j’ai les expériences et les diplômes qu’il faut. Je sais que dans tout boulot, je m’y mettrais corps et âme, que j’accomplirai mes tâches avec soin, que je chercherai toujours à aller plus loin. Et automatiquement, je n’ai alors pas trop envie de me présenter. Ça se voit dès que j’arrive non, tout ça ? 

Pendant l’entretien. J’arrive, le sourire, le parfum envoûtant, le regard bien fixe et la poignée de main assurée (sans oublier avec la manucure discrète). Je parle clairement, avec assurance, le tout avec une petite gêne qui montre que je ne suis pas arrogante. Tout est calculé. Paradoxalement, les recruteurs recherchent soi-disant du naturel, et prennent des candidats sur-préparés qui n’ont en fait aucun trait qu’ils avaient énoncés.

De ce fait, je déteste les entretiens d’embauche. J’essaie l’équilibre : mon naturel +  ce que je pense être l’adaptation au poste.

Débouche alors des questions sans fin. Qu’est-ce que mon naturel ? Je suis à l’aise à l’oral, je m’exprime clairement avec parfois une touche de mots en langage soutenu. Je suis vive, je réponds vite et j’enchaîne petites blagues et jeux de mots. Pour moi, le chichi pompom d’un entretien me gave, et j’aimerai qu’on laisse tomber tous ces formalismes et qu’on parle vrai. Qu’on parle de soi. Lui et moi. De nos passions, de nos rêves, de nos parcours évidemment. Sans devoir cacher et reboucher mes trous du C.V, les boulots s’enchaînant parfois avec une cohérence difficile à trouver…

Je me sens comme un robot qui réalise une performance, je vais être notée sur ma capacité à l’envoûter. D’autant plus que je suis commerciale. Et pourtant, comment je vends le mieux ? En étant naturelle. Drôle, joyeuse, à l’écoute. Maladroite sûrement. Sans l’employeur qui me flique.

Le premier entretien. J’ai parlé anglais comme une vache espagnole. Je n’ai pas su, selon moi, insister sur le fait que je m’adapte à tous les postes, démontrer en quoi j’ai de la rigueur et le contact client. Je l’ai beaucoup laissé parler par contre. J’aurais dû plus m’imposer et avoir confiance en moi. L’image que j’ai renvoyé selon moi ? Une débutante avec un parcours bizarre, qui a beaucoup à apprendre, qui est motivée mais qui n’est pas forcément battante. Il est vrai que ce poste m’intéresse moins. Conclusion : je ne m’aime pas assez pour mettre en lumière mes compétences sans être trop en confiance. Je crois même avoir insisté sur mes lacunes.

Le recruteur était très gentil, doux, à l’écoute. Je n’aurai pas ce poste, c’est sûr. Mais réponse la semaine prochaine.

Le second entretien : piquant mais concluant. Le recruteur, cette interrogation. 

Jeune, dans la trentaine, image FB détendue, concept de l’entreprise très sympa mais de qualité. Il m’a contacté 1 heure après que j’ai envoyé mon C.V. J’ai compris qu’il a fait « wahou » sur moi, et qu’il ne me mettrait pas la pression. Rendez-vous dans la foulée. J’étais trop contente, et je n’ai pas arrêté de parler comme si j’étais embauchée. T. m’a même dit  » il aurait dû mettre dans son annonce : Recherche L. » tellement je corresponds au poste. Cela va être du gâteau. Mais je me suis dit que j’allais quand même bien le préparer….J’ai même pensé que je n’avais aucune concurrence !

Pour la tenue, j’ai cherché du classe mais aussi du « moi ». J’aime me maquiller les yeux. J’ai mis ma jupette avec des petits talons, ma veste noire et un haut bleu, pas décolleté. Des cheveux lisses. Jolie, assumée, mais pas trop, me disais-je. J’avais même apporté l’argument de taille : lui proposer une dégustation du vin que je vendais auparavant. Original non ? Puis ça lui permettrait de voir mon discours et ma motivation. Et puis, j’espère secrètement que le degré d’alcool lui brouillera les yeux. 

J’arrive en retard de 10 minutes, je l’appelle, donc ça va. Il est seul, un peu stressé car il était occupé, mais me propose un café. On parle d’un peu de tout et de rien, on s’installe. Il a l’air très tendu, les cheveux sont poivre et sel alors que sur les photos ils étaient blond… Beaucoup de soucis d’être nouveau gérant, me suis dis-je.

Il me demande si j’ai mon C.V sur moi. Bien-sûr ! Et j’en ai même deux, celui que je vous ai envoyé, et un autre plus sobre mais plus détaillé. Il regarde le C.V design, il me dit « que les recruteurs s’en foutent. » J’hésite entre aimer son franc-parler ou ne pas aimer. Surtout je pense au temps que j’ai passé là-dessus. Il choisit le C.V sobre et plus détaillé. 

Il me fait le plan de ma présentation. Je lui demande s’il veut que je détaille tout mon cheminement, il me dit oui. Je commence tranquillement. Il m’arrête sur des questions vicieuses, et reformule sur la manière dont il a compris.  » Ah, et c’est parce que vous ne vous en sentiez pas capable ? »

Puis je continue sur mon expérience phare, celle qui démontre selon moi toutes mes qualités, et bien au-delà. Je lui dis rapidement que pour moi, son établissement ressemble à mon expérience. J’allais m’expliquer point par point, mais il me coupa la parole. Il commence à s’emballer. MAIS PAS DU TOUT ! JE SUIS EXIGEANT, C’EST PEJORATIF CE QUE VOUS DITES ! Je lui demande de me laisser lui expliquer, il n’écoute rien. Je continue d’essayer, il passe à autre chose, il ne veut plus rien entendre de cette expérience.

Il commence à me parler de ma jupe. Oui oui. Jupe, qu’il a par ailleurs, bien lorgnée. Il me dit, d’un ton défait « bon, vous présentez bien là, mais la jupe vous allez vous faire brancher ». Je lui dis que ce n’est pas le but. Il me dit « même sans, vous allez vous faire brancher ». Oui OK, d’accord. Et alors en fait ?

Je reviens sur mon expérience en disant qu’on avait repéré mon potentiel ce qui a fait que je suis devenue la meilleure vendeuse. Et alors ? je m’en fous que vous soyez la première du monde ! Je lui indiquait qu’il m’avait encore coupé la parole et que ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire, qu’il déformait. Puis il est passé à autre chose.

En 5 minutes, j’ai ressenti que l’image qu’il captait de moi : superficielle, provocante et olé lé. Et narcissique. Intérieurement, j’étais effondrée. La complexité de mon esprit n’a d’égal que la profondeur de l’océan. LOL. en toute modestie 😉

Le tout, dérangé toutes les 5 minutes par un client, et parlant beaucoup de lui. Je me suis dit allez, encore un patron narcissique. Dans ses phrases, il me reprenait dès que j’utilisais des termes trop professionnels : « mon ami » pour parler de T. il ne voulait pas. Je devais dire mon copain, mon boy-friend… Euh ouais OK.

Il employait des termes comme « chiant », « on s’en fout », « moi les entretiens je les passe comme je veux ». Pire, il m’a dit « en 5 minutes j’ai cerné la personne ». J’ai pensé mon p’tit gars, le jour où t’as cerné ma personnalité, tu m’appelles. Et si je suis embauchée, je lui demanderai afin de rire. Intérieurement, bien-sûr.

Il m’a demandé de mettre de l’émotion, de le faire rêver…Sans m’avoir laissé le temps de le faire. Il était oppressant. Je contrais ces piques par du sourire et de l’humour. Il commençait à m’agacer à ne pas m’écouter. Après tout, qui veux-tu recruter ? Moi ou t’entendre parler ?

Il me propose un essai, donc un nouvel entretien. Il m’a coupé encore une fois. Je lui ai demandé 5 minutes de plus pour revenir sur l’expérience qu’il déteste et lui expliquer que ce n’est pas du tout ce qu’il pensé.

On s’est dit au revoir, il m’a lancé une pique, j’ai répondu par l’humour.

Bilan : j’étais contente. Puis le soir j’ai fait une crise d’angoisse. Mais quel connard ! Narcissique, machiste, croyant tout savoir. Pas du tout dans l’échange. Même si j’ai le poste, je vais devoir le supporter, et ça ne va pas le faire.

Je déteste qu’on me teste. J’ai l’impression désormais qu’il me teste pour tout. JE NE SUIS PAS UN RAT DE LABORATOIRE. Je ne rentre pas dans ses pièges.

Il emploie la méthode archaïque du méchant recruteur qui déstabilise. Je trouve que cette méthode est d’une nullité à chier. Certes, le candidat va être naturel, mais il va surtout dire n’importe quoi.

J’ai mué cette colère vers du challenge. Je vais me préparer autant que je peux pour le prochain entretien où mes compétences seront mises à l’épreuve directement. Et s’il me laisse parler, peut être lui montrer plus qu’une pouffiasse superficielle.

Je me suis sentie humiliée. Pas écoutée. Jugée n’importe comment. L’habit ne fait pas le moine, non ? Vous avez 30 minutes pour vous vendre, et vous donnez l’image du contraire de ce que vous pensez être.

Lundi j’ai rendez-vous avec la psychologue. Je vais essayer de débroussailler tout ça. Je me suis sentie atteinte dans ma féminité également. Un point que j’ai déjà du mal à assumer.

Les entretiens sont nécessaires. Peu de temps pour embaucher une personne fiable. Mais recruteurs, vous qui me lisez, pour qui vous prenez-vous ? Votre méthode est-elle vraiment pertinente ? Croyez-vous que dans votre attitude et votre langage tout est permis ? Vous construisez des candidats motivés comme moi, mais qui garderont toujours rancune de comment vous les avez traités. J’aimerai vous mettre dans cette situation et voir si cela vous plaît. Et ne me répondez pas « oui mais c’est la vie, faut passer par là, j’y suis passé »… Essayez peut-être d’être plus humain et de justement changer cette société de merde, allez faire quelques formations et lire quelques bouquins pour déceler la vraie personnalité d’un candidat.

L.

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4 réflexions sur “Je suis… en entretien d’embauche.

  1. Pingback: Bonne année les poussins ! | Blog d'une bipolaire, surdouée et d'un schizophrène

  2. Pingback: Mettre des limites. | Blog d'une bipolaire, surdouée et d'un schizophrène

  3. Un bel article criant de vérités et de réalisme, en te lisant, je passais l’entretien avec toi !
    « en 5 minutes j’ai cerné la personne », moi j’entends ça, je pars en courant !

    Merci L. pour ce bon moment de lecture. 🙂

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