Mettre des limites.

Et voilà, ça y est. Putain.

J’ai encore trop parlé. Je me suis justifiée. Cette soirée me laisse la bouche pâteuse et les yeux bouffis, comme le mauvais beaujolais nouveau que j’ai dégusté.

Voilà, elle est là ma foutue sensibilité. Se reprendre à la gueule toutes ses blessures, une par une, et être déstabilisée. Le genre de situation où tu ne t’attendais pas à devoir mettre des limites et hop ! C’est trop tard, tu parles, tu as les yeux humides, au plus tu parles, au plus tu sens le jugement, tu t’enfonces… Le sentiment désagréable commence, pernicieux, et quand j’arrive chez moi tout explose. Allez, c’est reparti, encore combien de séances d’hypnose le soir, de cauchemars, de séances de psychologues pour dédramatiser tout ça. De plus, comme dit une chanson :  » on n’oublie jamais rien on vit avec ». 

Je ne sais pas poser mes limites, et c’est mon plus gros problème. 

Là tout de suite, je me sens en mode looseuse. Alors que j’avais fait un travail sur moi et que j’avais l’impression d’aller mieux.Rien du tout. Quelques questions et je revis le cauchemar, mes dix dernières années. Putain, je n’ai que 27 ans, et il y a déjà 10 années que j’aimerai effacer. Pour ceux qui suivent, je vis chez les parents de T. depuis septembre, dans son petit studio en bas. Je ne paie rien, mis à part ma nourriture (c’est moi qui l’ait imposé). Je n’ai toujours pas de travail, et si mes calculs sont bons, le mois prochain je suis en découvert de 900 €. Dramatique et exceptionnel, heureusement. 

MAIS JE NE VOULAIS PAS EN PARLER !!!!!!!!

C’est encore de ma faute. J’ai voulu une fois de plus inviter la soeur de T. et son beau-frère, cette fois-ci à goûter le beaujolais nouveau. Je n’y allais en plus pas par pur hasard : aller dans la structure de ce qui aurait dû être mon employeur depuis début novembre. Déjà, dans la voiture, je me suis sentie obligée de me justifier : j’ai un nouvel entretien lundi pour un autre boulot.

Pourquoi je voulais en parler ? Parce que je me sens conne de ne toujours pas avoir de boulot.. Depuis mi-octobre, cet employeur m’a dit qu’il me formerait début novembre. Donc depuis mi-octobre, j’ai rassuré tout le monde ( et surtout moi-même ) comme quoi j’aurais un boulot. Walou. Et je relance l’employeur toutes les semaines. Et il repousse en me disant qu’il n’est pas organisé, qu’il a beaucoup de travail, qu’il pense à moi, qu’il va faire rapidement ce qu’il faut…. Oui l’employeur, celui-là : Je suis… en entretien d’embauche. 

Hier, j’ai enfin mis le holà. Je l’ai appelé et je lui ai demandé s’il voulait vraiment essayer de m’embaucher.  Il m’a dit « oui oui, sinon je t’aurais dit non depuis longtemps. Je dois te bloquer en plus… « . Réponse mentale :  » Non tu crois, gros connard ? « 

Bref. Donc j’amène cette sœur, que je sais moldue et très portée sur le jugement, dans le repaire de ma défaite. Ça ne se passe pas si mal en vérité. Elle râle, comme toujours, mais je me suis habituée, et ce n’est pas ma faute. Il fait trop froid, la charcuterie n’est pas bonne, elle ne boit pas de vin, etc. mais je l’ai entendue dire un peu de positif de l’enseigne : c’est déjà pas mal !

Elle et son mec voulaient manger au restau après. Les riches hé hé ! Avec T. on a décliné l’idée avant d’y aller. J’étais fière de moi, je n’ai pas mentionné le fait que c’était parce qu’on est des clochards. Oui parce que T. lui met tout l’argent dans le sh*** et son employeur ne lui paie pas son salaire depuis septembre, car il est en arrêt maladie, donc il envoie des papiers mal rempli à la sécurité sociale, ce qui bloque tout…

Puis je regarde le restaurant, au loin, et sa sœur transie de froid (quelle comédienne pfff…) râler pour aller manger, nous presser, etc. Je regarde le restaurant, et mes yeux embués d’alcool n’ont d’égal que mon cerveau embué d’alcool. Et là, peau de banane ! Je fléchis, je me ramollis. Je propose d’aller au restaurant. Je me justifie dans ma barbe pour me donner bonne conscience.

En effet, je vends le vélo de ma mère sur le boncoin actuellement. C’est une grande histoire. J’ai même encore envie de faire une digression. Je pense que j’en pleurerai à la prochaine séance chez la psychologue. En déménageant de chez ma mère, j’ai vu son vélo entassé depuis des années dans le garage. Je lui ai pris, sans rien lui dire. Énervée, quand elle s’en ait rendu compte, elle m’a dit  » ce sera ton cadeau d’anniversaire « . Je lui ai répondu que son vélo de merde je lui rapportais dans l’instant si elle voulait. Elle a été vexée que je ne lui demande pas, comme si elle allait dire non… Oui, elle allait dire non, alors que le vélo ça fait 6 ans qu’elle n’est pas montée dessus. Rapport compliqué à l’argent et à ses biens matériels.

Je lui ai demandé une lampe de luminothérapie (60 €) pour mon anniversaire. Au téléphone, elle m’a dit « alors, tu as vendu le vélo ?  » …………. Ce vélo résume ma relation à ma mère. Rien n’est gratuit. Je crois que j’aurais préféré qu’elle m’offre une bougie à 2€, ou qu’elle me donne de l’argent pour mon découvert, ou bien qu’elle me paie mes séances chez la psychologue. Ma mère n’est pas en faillite financière, loin de là. Non, paye ton cadeau d’anniversaire quoi ! Comme ça elle n’a rien à dépenser, pas bouger le petit doigt pour une attention, un cadeau vénéneux… J’ai même fini par m’y faire en me disant que j’y gagne, mais comme on dit, c’est l’intention qui compte…

Revenons au restaurant. Je le regarde et je dis : allez c’est bon, on y va, de toute façon, je vends le vélo ! Du coup, ma connerie spontanée venant, j’ai commencé à avoir une pique de la sœur. Et là, c’était terminé. Ce restau n’aurait jamais eu lieu d’être. 

  •  » Ah bon, tu viens au restaurant ? Je croyais que tu ne voulais pas par rapport à ton régime « 
  • « Non non, le régime je peux manger de la viande, des légumes, c’est surtout qu’on est dans la tourmente financière avec T. Mais je me dis que vu que je vends le vélo, que la dernière fois qu’on a mangé au resto c’était il y a 1 mois dans un restau à volonté eh bien… »
  • « Euuuuh n’importe quoi, là vous avez mangé là, fait ceci, etc. » (son copain la reprend, elle mélange avec cet été).

Bref. On va au restaurant. Je ne sais pas comment la discussion revient sur le tapis, mais on sent que sa sœur éclate, comme si elle cocotait sa pensée depuis 8 mois.

  •  » Pffff non mais de toute façon, si j’étais sans argent comme toi, je ne ferai pas ce que tu fais. Pour maigrir pas besoin d’un nutritionniste, pour faire du sport pas besoin de la salle,  les U.V, qui d’ailleurs ne marchent pas du tout, ah ah ah ! » ne manque-t-elle pas de souligner.

Comme nous pouvons analyser dans cette phrase  nous avons une fille de 24 ans, de type moldue, qui me plaque outrageusement ses conduites de bonne fifille alors qu’elle n’a jamais été dans le besoin, et qu’elle ne connaît pas ma vie, et, je la cite « je trouverai ça normal qu’une mère donne 400€ de maquillage à sa fille en se privant pour elle ». Même si les 400€ sont une image, c’est le principe. Je suis d’accord avec elle mais… Chez moi, c’est différent. 

Et là, commence la justification. Et la victimisation de ma part. 

J’arrive à dire quand même (gentiment), mais quand même, que j’ai toujours bien géré mon budget, et que depuis 10 ans je me suis toujours privée en quelque sorte. Je doute qu’elle connaisse le sens du mot « se priver » mais bon, dans le doute, je l’ai employé. Je lui dis que je fais un fichier Excel avec toutes mes rentrées et sorties d’argent, que je n’ai jamais été à découvert et que cette situation résulte d’événements imprévus. Je devais rester chez mon ancien patron, il m’a fait une crasse. Le chômage devait être plus élevé, mais comme j’ai eu un contrat d’alternance je touche moins de 700€. J’ai eu de plus un décalage de versement ce qui fait que octobre j’ai touché 300€ et novembre 690€. J’ai un prêt étudiant à rembourser de 400€ par mois …

Elle me dit « en plus, ici tu ne payes rien ». J’ai dit que si, 400 € de nourriture. Ah oui mais c’est pour ton régime ! Oui et non, c’est aussi que je me sentais mal de vivre chez ses parents, que j’en avais pleuré devant sa mère (début de la victimisation). Ah oui, je m’en souviens, mais ça c’était cet été… (son copain la reprend en disant que non, c’était en septembre). Je lui explique pourquoi j’ai pleuré (justification). Ensuite je parle des U.V : c’est normal que je ne sois pas bronzée, j’en ai fait une fois seulement, séance à 10€. Ah bon, où tu as payé 10€ ? (elle pense que je mens).

Elle me dit quand on n’a pas d’argent, on prend ses baskets et on va courir, et on fait son régime seule. Là, j’aurais voulu dire quelque chose du style : « oui comme toi, grosse vache ». Parce que là j’ai devant moi sa sœur qui a mal aux genoux et qui a du mal à marcher, tellement elle mange, tellement elle rate ses régimes, et tellement elle refuse de faire quoi que ce soit comme sport.

Alors oui ! Vous comprenez la raison de ses piques. Et alors ? J’en ai marre de tout comprendre et de devoir m’écraser parce que les gens se sentent mal dans leur peau. 

Je lui explique que tous ces engagements ont été pris car je m’attendais à une situation stable et qu’il est difficile de revenir en arrière. Puis j’ai dit que j’allais tout annuler et demander de l’argent à mes proches… Je m’embourbe… Régulièrement elle me demande si je fais des écarts dans mon régime, je dis non, et là devant elle j’engloutis un hamburger et une grosse glace…

Je dois expliquer le comportement de ma mère, elle me dit tu parles d’une crise, elle est malade elle aussi ? (j’avais déjà dû en parler) donc je lui explique la cyclothymie, variante de la bipolarité… Pour elle ça justifie tout, pas pour moi… Je dois expliquer le revenu de mes parents... La relation difficile de l’argent et de ma mère (je demande à T. d’ailleurs de le faire), la réaction de mon père quand je n’arrivais pas à manger par manque d’argent et qu’il m’a dit « soit tu fumes, soit tu manges » et elle me répond que c’est clair pour elle aussi, elle ne paiera jamais à fumer pour ses enfants…

Elle ne fume pas, ne boit pas, et considère tous les gens rentrant dans cette catégorie comme des minables.

Bref, je n’en ai pas fini, on parle des vêtements. Aujourd’hui, je me suis achetée une paire de chaussures, pour remplacer l’ancienne paire trouée depuis 1 an. Le petit vernis brillant ne lui a pas échappé : en 2 mois, j’ai dépensé 20 € en 2 mois pour mettre du vernis semi-permanent. J’ai acheté quelques vêtements car j’ai maigri, puis sa mère commençait à avoir de la peine avec mes vêtements troués, tâchés, etc. et comme l’image est importante dans le domaine dans lequel je travaille, c’est même un investissement.

Pour finir, à la maison, T. m’a dit « ma sœur a raison ». J’ai dit ah bon, alors je dépense quoi ? Je fais quoi ? « Ben en fait, elle voudrait que tu arrêtes de dépenser pour toi ». Mouarf.

En fait, tout ceci est hyper long et pas hyper passionnant en soi. C’est juste que j’ai revu mes années de privation financières (ça va oh, je n’ai jamais été à la rue) mais surtout de privation affective. Et je devais constamment me justifier devant la femme de mon père, jalouse à mort, laquelle je ne parle plus depuis maintenant 8 ans. Une vipère, une verrue cette femme. Je me suis justifiée sur mon téléphone, sur mon ordinateur… En fait, les gens regardent, fantasment « ah, elle a du fric » mais on peut se tuer à économiser, ou bien recevoir des cadeaux, ou vivre au-dessus de ses moyens, comme moi, actuellement.

En fait… On s’en tape.

A revivre la situation, je n’aurais pas proposé la sortie, pour éviter le sujet du travail, chose que je faisais déjà car elle m’avait déjà lancé des piques.

Je n’aurais pas proposé le restaurant. Et pas expliqué pourquoi.

Si j’avais choisi le restaurant, je n’aurais pas raconté l’histoire du vélo.

Je n’aurais pas choisi inconsciemment les aliments les plus caloriques car tous les jours je suis jugée sur mon régime. Vous savez, comme les gens qui vous font chier sur la clope par exemple aussi.

Et si simplement, je lui avais dit :  » je ne veux pas parler de ça avec toi  » ?

Peu importe, qu’elle ait raison ou tort, pareil pour moi. C’est ma vie. Je fais ce que je veux. Elle a mis le doigt sur mes contradictions, j’ai des défauts mais c’est quand on cherche à être bien, à se faire plaisir, qu’on se fait rabaisser.

Je ne fais pas toujours les meilleurs choix, mais je les fait. Et je n’ai rien à justifier. Elle pense ce qu’elle veut. Cela doit me passer au-dessus.

Je me justifie, je me victimise, je prends ce genre de choses à cœur, et je m’en souviendrais toute ma vie, et cela reviendra régulièrement me hanter. 

Bienvenue dans la vie d’une hyper-sensible.

L.

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9 réflexions sur “Mettre des limites.

  1. Décidément, troisième article que je lis consécutivement sur ton blog et je me régale !
    Lu du début à la fin, n’en ratant aucun mot !
    J’admire ce détachement que tu as quand tu racontes cette histoire. Tu mêles aussi bien le descriptif pur et dur, à de l’émotion ressenti sur l’instant, à des éléments de prise de recul, à de l’analyse de la situation pour en finir sur des éléments d’analyses personnelles … Le tout avec un trait d’humour et d’autodérision … Beau ! Bien joué !
    J’essaie, pour ma part, de repérer et de ne côtoyer que de loin ce genre de personne qui se permettent de juger et de s’introduire dans notre quotidien sans qu’elles en soient conviées. Parfois on ne peut pas les éviter alors personnellement je me contente du politiquement correct et basta ! Y’en a marre de se laisser rabaisser par des personnes qui se sentent supérieures et qui imposent leur supériorités par de l’humiliation. J’ai 27ans comme toi et vécu bien des situations similaires (ma situation financière étant au plus bas ces temps ci également) et mets un point d’honneur depuis quelques mois à éviter que cela ne se perpétue et ne se renouvelle ! Alors ton récit me fait échos, me fait sourire et me donne envie de te dire : fais ta vie et basta !
    Je te dis également ce qu’un jour mon papa m’a dit après lui avoir conté une histoire similaire : « sois un canard » …. Évidemment quand ton pere te dis d’etre un canard quand tu es déjà très énervée, tu n’as qu’une envie c’est de partir et d’envoyer tout péter, mais quand il continue en te disant « Comme un canard l’eau doit couler sur tes plumes pour te permettre de continuer à avancer sans te noyer » … Évidemment que je me suis jetée dans ses bras en pleurant ! ahah ! L’eau étant ici évidemment la connerie humaine 😉
    Je vais continuer à lire avec attention tes articles 🙂
    Amitiés.

    Aimé par 1 personne

    • C’est un joli commentaire qui me va droit au coeur ❤ Ton papa a l'air d'être plein de sagesse façon moine tibétain, ou alors.. Astérix " Le lion ne s'associe pas avec le cafard ! " 😀

      Plus sérieusement ne pas ouvrir mon bec, c'est juste impossible, Je gère mieux en ce moment. Mais tu vois, j'ai eu un entretien d'embauche ce matin, 2 heures au lieu d'une heure, j'ai encore dû dire un tas de conneries et m'enfoncer ^^

      Bon courage pour ta situation, garder le cap c'est important ça mine le moral…"mine" de rien 😉

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  2. Bais oui je les lus jusqu’au bout j’ai bien kiffé !
    En plus ça m’as fait bien rigoler, tu as pondus un belle article mettre ses limites je trouve que c’est vachement important. Si tu aurais dit non pour le restau et que tu aurais fait un restau avec seulement T. t’aurais eus moins d’emmerde. Mais avec des si on referais le monde …

    Aimé par 1 personne

  3. Oh là, là, là, effectivement tu en avais gros sur la patate, mais ça aussi les grosses patates (ne le prends surtout pas pour toi, hein) sont le lot quotidien des hypersensibles…
    Sinon t’as essayé les pêches ? 😉

    Aimé par 1 personne

    • Garder la pêche, avoir la banane je connais, mais j’en ai gros sur la patate : ils me courent sur le haricot ! Ils me prennent pour une bonne poire…..

      Voilà, en santé : 5 fruits et légumes par jour, sponsorisé par l’hypersensibilité !

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