Revirement de situation.

PHASE HYPOMANIE DÉTECTÉE ON /

Erratum : Pour ceux qui ont déjà lu cet article, j’ai utilisé le terme hormone pour désigner une molécule précise.

Ce n’est donc surtout pas le terme adéquat ! Et je n’ai pas vraiment bien expliqué son rôle dans la maladie bipolaire. Donc bientôt je vais rééditer avec les termes usités, excusez-moi pour ce manque de rigueur. 

Pour rappel, je suis bipolaire.

Je souffre de bipolarité. J’ai bipolarité. Je suis atteinte de maniaco-dépression. Je suis hypersensible. I am bipolar.  Je suis un caca.

Mettez-y le terme que vous voulez. ATTENTION.  Je respecte toute personne qui ne souhaite pas mettre un terme qu’ils jugent abrupte, faux, stigmatisant. Chacun fait ce qu’il veut, d’autant que je ne comprends que trop.

J’ai quelques critères de phase hypomaniaque, juste avant la crise maniaque. Voici les facteurs de risques et les symptômes, inspirés de mon vécu et établi par des professionnels de santé.

  • Les insomnies : je dors moins, je ne suis pas fatiguée, je me lève facilement, je suis en plus efficace. Les insomnies s’expliquent (heureusement?) parce que T. se réveille 3 fois par nuit pour boire ses 3 L d’eau et pisser un bol.
  • Passage d’un état dépressif à un état de bien-être : Je passais mes journées vautrées sur le canapé, avec des idées telles que « la vie ça sert à rien, c’est nul, je suis nulle ». Maintenant, j’ai hâte de vivre.
  • Boulimie d’amis : Voir mes amis était devenu fatiguants. Je les rapelle tous, je vais les voir et je passe du bon temps, sans être fatiguée.
  • Je parle beaucoup : J’ai toujours beaucoup parlé. Ces derniers temps, j’étais muette, je trouvais mes phrases inintéressantes. Désormais, j’arrive à bien organiser mon discours et décrire mon état intérieure.
  • Je ris beaucoup : j’ai toujours beaucoup ri aussi, mais ma bonne humeur est contagieuse !
  • J’écris beaucoup : je viens de pondre déjà 2 articles d’affilés, et j’avais encore plein d’idées, mais j’ai oublié.
  • J’ai des projets plein la tête : j’envisage surtout un gros projet, créer un autre blog mais cette fois-ci côté professionnel, donc assumé avec mon nom et prénom.
  • Des idées de grandeur : Je trouve mon idée super, et je suis persuadée qu’elle m’amènera prospérité.
  • J’ai changé mon traitement toute seule : Je me suis ajoutée des antidépresseurs depuis 1 mois
  • Mon agenda se noircit et je suis pleine d’énergie : dans la même journée, je vais prendre des RDV, faire des courses, écrire sur mon blog, chercher du travail, faire la cuisine, voir mes amis, participer à une réunion bipolaire, lire, jouer aux jeux-vidéo, regarder 3 heures de séries, la liste n’est pas exhaustive.

Trop cool me direz-vous !

Eh bien oui. Mais non.

C’est cool pour un bipolaire, surtout quand il se frappe une dépression de merde juste avant. Mais c’est dangereux. Si l’on n’observe pas ces symptômes avec recul et chimie.

Je n’ai pas encore d’idées mystiques, et je suis en pleine conscience de ce qu’il m’arrive. J’ai rendez-vous bientôt avec le psychiatre, et T. est au courant, je lui demande de me surveiller. Ma mère m’a demandé si je prenais mon traitement face à mon exaltation. Et bien oui. Donc nous ne sommes jamais à l’abri.

Je n’ai pas encore tous les symptômes, il me manque des idées de grandeur, le mystique, l’insomnie complète, l’interdit qu’on me dise que je suis en phase maniaque, la perte de conscience que je ne peux pas tout assumer de front.

Et non non non, mon bonheur n’est pas pathologique, il s’explique. Un être humain normal (jetez-moi des pierres) a une chimie au niveau du cerveau équilibrée, notamment au niveau de l’hormone du bonheur, la sérotonine. En bref, nous ça couille, soit on n’en a pas assez, soit on en a trop. Le but de nos traitements est de stabiliser cette hormone (et d’autres) pour ne pas vivre ces revirements de situations brusques qui vont faire des dégâts dans notre vie, dans notre corps, notre cerveau.

Alors, comment réagir si on se sent pousser des ailes ?

  • Réagir vite : en parler autour de soi
  • Surveiller le traitement : se demander s’il est adapté. Les antidépresseurs peuvent être nuisibles à un bipolaire.
  • Se forcer à dormir : difficile mais pas impossible. Tisanes, musiques relaxantes, hypnose, bain chaud, chocolat au lait, lecture le soir, sport la journée, les moyens pour se décontracter sont nombreux…
  • Si pas de réussite pour dormir : prendre un cacheton en accord avec le psychiatre pour s’assommer un peu.
  • Noter ses projets : de bonnes idées apparaissent, mais ne pas s’y lancer directement. Prendre le temps, ne pas réagir dans l’urgence, se forcer à se concentrer.
  • S’éloigner des stimulants : plus de café, de thé, d’alcool, d’écrans, de musiques…
  • Le mystique : SURTOUT NE PAS LIRE OU ECOUTER DES SUJETS SENSIBLES ! : les anges, la réincarnation, la télépathie, Einstein, lire la Bible…
  • Surveiller la perte de conscience : si vous n’arrivez pas seuls à vous en sortir, hop, on va aux urgences et on se fait interner. Mieux vaut trop s’inquiéter que pas assez.

Et surtout, se souvenir.

Des dégâts dans votre vie. Cela vous a peut être coûté des brouilles avec votre entourage, un diplôme, un travail, une crédibilité, un couple. Un cerveau qui perd des neurones à chaque dépression ou manie. Un proche qui se suicide… 

Etre bien, oui. Etre trop, non. 

Alors, on réajuste son traitement, on applique quelques-uns des conseils ci-dessus, et on essaie de sentir la perte de conscience et on bloque le cerveau.

Bonne chance, ne restez pas seuls face à une dépression ou une hypomanie, les dégâts vont être longs à réparer ! Vous serez heureux sans ça, je vous assure.

L.

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2 réflexions sur “Revirement de situation.

  1. Enfance heureuse, scolarité brillante, avenir prometteur… Tout allait bien, jusqu’au jour où il découvre qu’il est bipolaire.

    Depuis, il navigue entre « sa » réalité et « la » réalité, en essayant de se construire une vie, même un peu particulière.
    Tout s’accélérait dans sa tête, il ne dormait plus et n’arrivait pas à s’arrêter d’analyser et de parler de tout, tout le temps, comme s’il réfléchissait tout haut.

    Il était très conscient de perdre pied face à la réalité et paradoxalement il était assez heureux d’être différent.

    Il avait le sentiment d’appartenir à la grande famille des artistes maudits : Camille Claudel, Van Gogh, Charles Baudelaire, Ernest Hemingway et tant d’autres.

    Ça lui plaisait beaucoup. Il a confondu l’art avec la maladie. Il a cru que ça le rendrait talentueux, comme eux…

    Grâce à un traitement adéquat son état s’est stabilisé, pendant plusieurs années. Il avait presque oublié sa maladie, mais, quelques années plus tard, il a retrouvé sa spirale infernale suite à un événement déclencheur : la mort de sa mère…

    Pendant l’enterrement, devant sa tombe il avait la sensation d’être sur un bateau, en pleine tempête. C’était magnifique et terrifiant.
    C’est seulement à ce moment-là qu’il a commencé à réaliser que ses crises ne tombent pas du ciel, comme une malédiction, mais qu’ils ont quelque chose à voir avec des événements déclencheurs qu’il vit :  la mort, les séparations, et le niveau d’angoisse dans lequel cela la plonge. Mais tout est si compliqué…

    C’était épuisant, terrifiant, douloureux, mais ça lui a permis de commencer enfin à comprendre sa maladie et de vivre avec.

    Quand le monde réel est trop dur ou trop ennuyeux il s’évade dans un « ailleurs » où tout est décuplé, excessif, absolu, et où il était invincible. Et paradoxalement il se sentait heureux..

    Il n’a aucune prise sur sa « spirale paradoxale », mais il la vit avec une grande lucidité.

    C’est agréable, inspirant, exaltant, poétique, surréaliste, comme s’il avait un accès direct à son inconscient.

    Mais c’est aussi épuisant, puisque ça l’isole complètement de la réalité et des gens qui l’aiment.

    Il est là, la détresse, dans son paradoxe, entre son ici et son ailleurs. Et dans le retour à la réalité, qui est toujours long et douloureux…

    Témoignage

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