Je suis… en entretien d’embauche. En train de mentir.

Bonjour à tous !

Cet article s’ouvre sur le refus d’hier soir du dernier entretien d’embauche !

Depuis septembre, 5 entretiens d’embauche dans ma branche.

Comme décrit précédemment dans mes articles, j’ai l’impression de faire un parcours du combattant. Pourquoi ?

Bénie des dieux par une écriture fluide, une élocution correcte, une extraversion à l’oral… Il fallait bien me plomber. Sur un détail important. Je ne sais pas me présenter parce que je ne sais pas qui je suis. Mais le compte en banque n’attend pas depuis 27 ans que tu saches qui tu es !

Toujours les mêmes mécanismes qui reviennent. Je vais être jugée. Ils vont remarquer que je suis bizarre. Quand je suis stressée, je dis des conneries, je passe pour une débile. Je perds la mémoire sur des faits importants. Quand j’essaie d’avoir confiance en moi, j’en fais trop, et je passe pour une prétentieuse. Je suis bizarre, certes. Je réponds toujours quelque chose de bizarre, jamais ce à quoi ils s’attendent. Ils rient, ils froncent les sourcils, ils font une tête étonnée. Je créé de l’émotion mais pas un sourire d’avoir trouvé le bon candidat. Un regard tendre sur un enfant qui se noie mais qui nage pour s’en sortir. On m’infantilise. On se permet de faire des remarques sur tout, sur ma vie personnelle.

Je garde le sourire avec en tête : je m’en fous, dans 2 mois, une fois le C.D.I en poche, je te baise.

Ai-je été comme ça dès le départ ? Bien-sûr que non… Les candidats pensent ainsi, les patrons déçus finissent par penser ainsi. C’est le serpent qui se mord la queue. Toi tu arrives, au milieu, avec ton honnêteté, une qualité bizarre dans ce monde !

Afin de ne pas sombrer dans la dépression la plus totale, j’essaie de voir le positif et après ces entretiens de trouver ce que je peux améliorer.

Être au chômage ne me dérange pas, même si je ne m’en sors pas financièrement. Mais chaque jour loin du travail, sera un argument supplémentaire pour que le recruteur pense : 1) on ne se bouge pas le cul 2) on a fait plein d’entretiens mais on a pas été pris 3) on a perdu des compétences.

Bien-sûr, ils ne vont jamais penser qu’on a su compenser les 3 !

Lors de mes précédentes expériences, j’ai compris que l’honnêteté ne payait pas. C’est mignon, et tout à mon honneur ! Mais ça a le don (bizarre?) de ne pas rassurer les recruteurs…

J’observe donc autour de moi ceux qui réussissent leurs entretiens d’embauche. Ils mentent. Non pardon, ils embellissent. Des astuces pour combler un chômage de 1 an et demi, des boulots qui n’ont jamais existé… Le C.V est déjà trafiqué. Et les histoires inventées de toutes pièces à l’oral.

J’ai donc mis le paquet pour mon dernier C.V. J’en ai déjà 15 différents, mais celui-là j’ai mis 3 jours à le faire. Franchement, il claque. Ils ont reçu mon C.V le lundi matin, le soir ils m’appelaient pour un entretien d’embauche. Dans 2 jours. 

Ça ne m’a laissé qu’un seul jour pour inventer des histoires qu’ils ont envie d’entendre, et surtout d’inventer des missions que je n’ai pas faites. Je n’ai pas eu le temps de revoir les techniques exigeantes propres à mon secteur.

En face de moi, comme d’habitude, un homme bourru qui grimace rien qu’à l’idée de faire son entretien d’embauche, et qui, découvrant mon sexe féminin, a déjà à peu près 10 000 préjugées, sans compter sur les jobs alimentaires que j’ai fait.

Il n’a pas lu mon C.V  :  » y a tellement de candidats  » . Il trouve que la photo ne me ressemble pas. Ça commence bien.

Je commence avec mon histoire inventée, je suis fière de moi, je vois qu’il n’en croit pas un mot. Je développe sur mes missions qui n’ont jamais existées, jusqu’ici, ça va à peu près. Puis commencent les questions techniques. Mon ancien employeur ne m’a jamais donné toutes les informations précises, et je lui en veut pour ça.

Il se rend compte que je balbutie 3 mots d’anglais (j’ai écrit je me suis spécialisée), que je ne peut même pas présenter simplement les produits de mon ancien employeur, encore moins en anglais.

J’ai marqué cuisine, il me demande le plat que je réussis à tout les coups. Je ne le fais pas rêver en lui disant que j’aime cuisiner tous les plats.

Résultat, en 5 minutes : il me prend pour une gourde menteuse, et me demande « mais vous saviez qu’on allait vous poser ce genre de questions, non ? »

Oui. Mais je n’ai eu qu’un seul jour pour tisser mes mensonges.

J’ai ensuite envoyé un e-mail de remerciements afin de me démarquer. Il fait 2 pages. Dedans j’essaie de m’accrocher aux branches, et de proposer qu’ils soient payés pour me former (merci Pôle Emploi) tandis que moi je garderai mes faibles indemnités.

Il n’a déjà pas lu mon C.V, il s’en ait contrebalancé de toutes les références de mes anciens employeurs, je pense qu’il n’a même pas dû le lire et se dire « putain celle-là, elle me casse vraiment les bonbons ».

Effectivement, le soir, je recevais une réponse négative avec un e-mail sans âme. Alors que j’avais fait attention à ne pas paraître trop désespérée ( Merci à mon chéri T. ! ).

Mais il m’a dit son sentiment général, que je me couchais par terre en demandant l’aumône. Certes. Mais 1400 €/mois, ça valait le coup que je joue tous mes atouts.

Bref, passé le bref moment de déprime (je commence à avoir l’habitude) je vais cette fois-ci chercher un job alimentaire qui ne sera pas rentable ( 100 € de plus que mon chômage ) avec des horaires difficiles, décalés, et certainement remplis de cons. J’ai déjà travaillé 14 mois à Mcdo, je sais ce que c’est. Et encore, je ne suis même pas sûre d’être prise : diplômée comme je suis, et avec les expériences que j’ai, croient-ils vraiment que travailler là-bas est mon rêve ?

Travailler un nouveau C.V : j’amoindris les diplômes, j’enlève les expériences trop spécialisées, et j’en rajoute sur mes expériences manuelles.

Le pipo du discours ? Gros défi, laisser penser que Mcdo c’est ma vie, et surtout, que je vais y rester. Alors que, lâchement comme tout le monde, dès que je trouve un autre emploi, je me tire ailleurs.

Merci à cette société en tout cas de privilégier le mensonge, et non un vrai parcours où l’on peut expliquer ses faiblesses.

En plus, vous êtes drôles, à chaque entretien d’embauche, vous me dites « marre de ces candidats qu’on recrute et qui ne sont pas du tout comme ils se sont vendus ! ».

Marre que vous nous traitiez comme des objets moulin à paroles brillantes parce que vous ne cherchez qu’à déstabiliser et non rencontrer une personne.

J’ai hâte d’être embauchée, et ce, avec un discours tricoté de toutes pièces. Et qu’un employeur tombe là-dessus, réalisant toute l’étendue de notre hypocrisie.

Bien le salut les amis !

Bises,

L.

 

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6 réflexions sur “Je suis… en entretien d’embauche. En train de mentir.

  1. Hello,
    La joie de passer les entretiens d’embauche, j’ai connu ça. L’image que je me fais, c’est qu’à partir du moment où j’enfile un costard pour y aller, j’habille aussi mon esprit et mes pensées. Je me déguise en quelqu’un d’autre, je me fais passer pour une autre personne.
    Car c’est clair que si je restais tel que je suis et que je disais la vérité, je ne serais jamais pris. Alors il faut adapter la réalité, mentir peut-être, pour en fin de comptes leur dire ce qu’ils ont envie d’entendre.
    Le seul problème à cette méthode, c’est que finalement le costume il faut le garder ensuite tous les jours pour aller au travail. Il faut réussir à rentrer dans la case, à cacher sa personnalité, à se faire passer pour quelqu’un d’autre. C’est un jeu très très dur, et le moindre écart peut être fatal.
    Les entretiens et même le monde du travail n’est, à mon avis, qu’une vaste supercherie. Peut-être que si les gens s’arrêtaient deux secondes de courir à tout va dans leur vie quotidienne et se posaient pour réfléchir à l’intérêt de tout ça, ils se rendraient compte eux-aussi.
    Personne n’est sincère dans un entretien d’embauche. Le candidat ment pour se mettre en valeur et se faire embaucher. Mais il ne faut pas croire, souvent l’entreprise ment aussi en embellissant l’offre pour attirer le candidat, car souvent la réalité n’est pas toute rose. On ne va pas te dire en entretien que ton futur chef est un tyran, que tout le monde fait des horaires à rallonges, etc … C’est un jeu, un duel, les deux camps savent qu’ils mentent, mais on continue quand même comme ça.

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  2. Ce que tu dis est tellement vrai. D’un côté on se sent lésé et piétiné et de l’autre on éprouve de la pitié pour ce monde, parfois on en vient à rigoler de toutes leurs procédures mensongères et stupides. Mais finalement, que devons-nous faire pour tenter de nous fondre à la masse? Serait-ce vraiment possible ou ce qu’il ya lieu de faire? Je n’en sais rien. Actuellement, je suis en deuxième année de droit, j’ai hâte d’en finir avec la licence. Ces études me saoulent. J’aimerais bien faire du design d’intérieur plus tard et peut-être étudier une autre filière en plus. De toute façon, je ne saurai jamais dans quoi je vais terminer. Je prie tous les jours afin que l’avenir me soit favorable. Être ce qu’on est dans ce monde, est vraiment une réalité difficile à vivre pour nous qui ne sommes qu’une minorité marginalisée.

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