Le monde de la schizophrénie : entre Ciel et Terre

vice-versa2Je découvre pas à pas ce qu’est le monde de la schizophrénie avec T. mon petit-ami. C’était un pari un peu fou de se lancer dans cette relation avec un schizophrène en sachant que j’étais bipolaire. Mais connaissant bien la maladie psychiatrique, il n’y avait pas de raison que lui aussi me paraisse tout aussi normal et bien.

A notre rencontre, j’étais en montée, et le travail saisonnier que j’ai effectué cet été n’a pas arrangé les choses, avec la prise d’alcool tous les jours pendant 2 mois et demi. Mais j’ai fini par redescendre, l’automne et l’hiver arrivant, et redescendu un peu plus bas en décembre, rien d’inhabituel que je n’aurais pas pu prévoir.

J’étais fascinée par ses histoires et sa perception de sa réalité. Il est entre ciel et terre, comme moi. On compare souvent les schizophrènes aux chamans par ailleurs.

Ses « pouvoirs » qu’il me décrit était de communiquer avec les morts, d’entendre les pensées des autres et de pouvoir entendre et voir une scène quand son nom est mentionné dans une conversation, de pouvoir prévoir et « voir » les situations futures en sachant qu’il explique que le futur est multiple, il en existe plusieurs qui se modifient au fur et à mesure des choix. Il peut aussi en se concentrant, parler directement à ma conscience, lui poser des questions et entendre ses réponses. Je ne parle pas ici de devenir le mot auquel je pense, ce sont des questions qu’il pose lui, et la conscience a le libre arbitre de répondre ou non. Le mien, si on suppose cela vrai, il lui arrive de lui répondre qu’il ne veut pas parler. Il peut lui arriver d’avoir déjà « vu » des scènes dans ses rêves endormis ou conscients de ce qui va se passer, de manière aléatoire au niveau du temps.

Au départ, il a eu son diagnostic de schizophrénie après ma rencontre. S’est ensuivi un traitement, la dépression avec la fatigue et l’asthénie qui va avec, la mise en arrêt maladie, et la reprise en mi-temps thérapeutique. Il en est là. Et il a arrêté de prendre son traitement.

Les cachets lui ont permis un moment de ne plus entendre de voix et de calmer sa paranoïa. Mais il fut perdu sans elles, elles l’aidaient au quotidien à prendre ses décisions. Quand on a toujours été 6 dans sa tête avec des débats à prendre des décisions, et qu’on se retrouve seul sans ses conseillers, j’imagine qu’on se sent un peu seul 🙂

Récemment, comme dans le film d’animation « Vice et Versa », grâce au travail avec un coach psychologue spécialisé, il arrive à mettre des mots dans ses émotions, ses voix qui surgissent de nulle part. Elles se cristallisent sous forme de personnages. Cette apparition sous forme de personnages est arrivée quand, au désespoir de sa fatigue provenant de sa dépression, il eut recours à une substance illicite censée booster l’énergie. Il s’est ensuivi une crise similaire à un accès maniaque bipolaire. Par ailleurs, après recherches, nous avons appris qu’un schizophrène pouvait avoir des tendances bipolaires, et l’inverse étant vrai. Comme quoi, nous sommes tous voisins au niveau du cerveau.

Lors de cette crise qui fut très effrayante pour lui, il a vu d’abord deux doubles sortir de son corps et se matérialiser. Son estime de soi fut sa première rencontre. Une dizaine d’années de plus, un gros bide, une apparence crasseuse et une canette de bière à la main, défaitiste, accusateur et feignant. Il put discuter avec cette forme. De l’autre côté, son ego est apparu, musclé, brillant… et arrogant bien-sûr.

Il s’est ensuivi une exploration de lui-même, un voyage à l’intérieur de son cerveau. C’est comme s’il s’était matérialisé sous sa forme à lui, un petit personnage, dans tous les recoins de son cerveau qui étaient divisés en plusieurs salles. Chaque salle avait son personnage et son émotion ou sa fonction (la joie, la créativité, la peur, la colère…) et des fonctions plus complexe (le régulateur chimique du corps, le grand sage, la conscience…). Il aurait été bien qu’il l’eût écrit car l’histoire qu’il me raconta fut passionnante et très détaillée, et même apparemment plus fournie en réalité. Le processus est effectivement similaire à une crise maniaque, mais je ne suis pas allée aussi loin. Tout avait une logique et un enseignement à lui prodiguer, et le plus drôle était l’interaction entre ces émotions, on arrivait parfois à des véritables dialogues de sourd. Imaginez la peur et le courage, la joie et la tristesse…

Il en retira une descente de deux jours sans manger, transpirant, restant cloîtré chez lui, logique à une descente de drogue. Toutefois, malgré le voyage terrifiant qu’il a vécu, il a compris beaucoup sur le fonctionnement des émotions.

Et souvent, ce qui est difficile chez les hypersensibles, c’est la gestion de nos émotions. Avec l’arrêt des médicaments, petit à petit, ses voix reviennent, et je vois son regard reconnaissable  quand il entend des voix.

On vit ce genre de situations, drôles et pas inquiétantes pour moi, sauf si les voix deviennent menaçantes, abaissent son estime de lui. Ce n’est plus le cas pour le moment, il a compris que ces « voix » n’étaient pas des entités extérieures mais toutes les parties de lui-même qui essaient d’exister, de se faire entendre, qui existent en chacun de nous, mais qui ne nous sont pas accessibles. Ma théorie c’est qu’il a juste accès à une autre partie du cerveau, peut être dû à un dysfonctionnement ou bien à une évolution du cerveau, nous ne nous prononcerons pas là-dessus.

Récemment, après avoir discuté longuement d’un engagement à l’armée, il me fit part de l’apparition du « commandant ». Ces personnages se nomment, on leur propre voix et leur propre personnalité, caricaturale. Celui-ci c’est la partie de lui qui fixe des objectifs, à long terme et à court terme, et qui fera tout pour les atteindre, en délaissant tout le reste (émotions, etc.). Désormais T. les questionne : qui es-tu ? que veux-tu ? Alors quel est ton plan, les objectifs ? etc.

Le commandant lui a établi ses différents objectifs, en faisant une synthèse de l’avancement, en le rassurant, mais dès qu’il était question d’émotionnel le commandant ne voulait plus interagir, il occultait la question.

J’accueille donc ces manifestations avec bienveillance, essayant d’imaginer ce que cela doit être d’être dans la tête d’une personne établie schizophrène.

Il me semble qu’il lui manque encore l’apparition de plusieurs personnages, émotions clés qui l’aideraient à mon avis, à mieux se comprendre. Et pourquoi pas, à valider que ces manifestations ne sont pas uniquement psychologiques mais à vocation spirituelle, hors-normes.

L.

 

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cerveau

 

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Je vous embrasse,

L.