Aujourd’hui… J’ai psychiatre. La liste de schindler.

_250bagage-skiComme tous les jours désormais, je fais mon planning heure par heure.

Ça m’évite d’avoir l’impression de perdre mon temps.

Puis ça me cadre. Cadre dont j’ai cruellement manqué dans mon éducation alors j’apprends à le faire seule. C’est fatiguant mais il faut le faire, c’est un confort pas possible.

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Le travail, c’est la santé.

Le travail est au centre des mes préoccupations actuelles. Comme tout le monde.

Parce que dans notre société, telle qu’elle est conçue, sans travail, vous êtes morts. Et ce n’est pas une métaphore.Sans travail, pas d’argent. Sans argent, pas de vie. Sans l’aide de ma mère financière, celle des parents de T. et T. lui-même, je serai certainement crevée dans la rue.

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L’éloge de la stabilité.

Bien le bonjour,

Voici quelques lunes que je ne suis pas venue sur mon blog. Je suis passée par une phase d’assèchement intérieur, comme peut en témoigner le précédent article « les femmes tristes ne ressentent pas », phrase apparue dans un de mes rêves. Je pense que mon cerveau a ainsi clairement énoncé le problème ! Depuis la terre a été nourrie, je pense que le petit week-end hypersensible n’y est pas pour rien, W. le dira mieux que moi : 1ère rencontre entre hypersensibles

Je retrouve depuis mes inspirations, qui sont mes bouffées d’oxygène sans mauvais jeu de mots bien-sûr 😉

Je vais revenir sur ce qui m’a le plus gêné quand on m’a annoncé le diagnostic de bipolarité. Pour mémo, quand le premier psychiatre rencontré a évoqué une possible bipolarité,  j’étais encore persuadée d’avoir été l’initiatrice d’un tremblement de terre. Mais je commençais à déposer un pied sur la terre avec les antipsychotiques (risperdal) avec des éclairs de lucidité.

Ce qui m’a donc gêné, c’est ce que ça allait impliquer dans ma vie, le changement. Pensez-vous que c’est ma santé qui m’a préoccupé ? Pensez-vous que c’est d’être étiquetée bipolaire, donc textuellement malade mentale ? Que nenni.

C’est tout l’attirail que j’allais devoir mettre en place autour. Une vie normale. Dans mon esprit, dans le mot « normal », il y a le mot normes. Qui évoque toutes ces conditions sociétales dans lesquelles j’ai toujours eu du mal à rentrer, comme beaucoup,  peut être plus que d’autres, et parfois moins que d’autres. Je m’étais, je crois, construite juste à côté de la norme, pas trop loin non plus. Pourquoi ai-je été aussi triste, jusqu’à ce jour où je vous écris ? Ce moment où j’écris est capital. J’en suis à un stade de ma réflexion, et surtout de la prise de conscience du monde dans lequel j’étais avant ce diagnostic, et dans celui dans lequel je suis désormais.

Il m’a simplement dit une banalité pour quelqu’un de normé « normal » : tu dois dormir 8 heures par jour, manger normalement, modérer les excitants, ne pas prendre de drogues ni d’alcool, faire du sport, avoir un travail stable avec des horaires stables, prendre avec précaution les voyages lointains, m’éloigner des sujets trop spirituels, etc. Tous les principes qu’on nous assène depuis l’enfance et qui, je dois l’avouer, sont d’une logique déconcertante.

J’ai été vraiment malheureuse. J’avais l’impression de me sentir vivante uniquement dans le décalage, le hors-norme, la prise de risque, le petit grain de folie. Je chérissais et je maudissais à la fois ce rythme de vie lunaire, mon côté Doctoresse Jeckyll et Miss Hyde. 6 mois de débauche et 6 mois de vie monocale, je me suis décrite ainsi de mes 18 à 24 ans. C’est ainsi que j’ai un parcours qui provoque l’étonnement, l’admiration, parfois l’agacement. Dans tous les cas, une personnalité, un parcours qui ne laisse pas indifférent. Atypique, tel est l’adjectif que je dois employer dans mes entretiens d’embauche.

Alors oui, il y a eu ces qualificatifs : marginale, bizarre, spéciale, originale, folle… Ou alors ce pincement des ailes du nez de la part des autres qui vous sentent effectivement à moitié dans leur monde, mais à moitié hors de leur monde. Une vibration pas assez forte pour susciter le rejet mais assez forte pour créer du malaise.

Ai-je appris à détester la normalité ? M’a-t-on appris à détester ce que l’humain avait construit ? Oui certainement, parce qu’on me renvoyait une image de non-normalité, et pour quelqu’un de sensible comme moi, cela pouvait remettre en cause tout mon fonctionnement interne, les fondations même de mon identité.

Mon éducation, les médias, les gens qui voulaient bien de moi ont-il eu cet impact ? Oui, certainement. Plus jeune, j’avais moins de complexes à jongler avec mes intérêts divers. Je trouvais plaisir dans « la société de consommation », tout autant que dans le monde « loufoque ». Nous sommes entrés dans le ras-de-bol de la société, notamment de la société de consommation, et j’ai eu ma première histoire d’amour avec un musicien, qui m’a marqué profondément. Tout ce qui aurait pu avoir attrait avec la société de consommation devait être éliminé, j’ai accentué mon style vestimentaire version rock ou bob, commencé à écouter un autre style de musique, testé le cannabis, rejeté la télévision,etc. Et pourtant, je ne me suis pas plu dans cette vie marginalement assumée. J’avais juste l’impression d’être tombée encore plus dans un stéréotype énorme. Je pense toujours avoir raison, ces gens dits « marginaux » me semblent encore plus codés que le reste, essayant eux aussi de se réfugier sous une étiquette qu’ils se sont créé de toutes pièces.

Bref, il me semble que des deux côtés, je me suis haïe longtemps, encore aujourd’hui je ne sais pas sur quel pied danser. Naturellement, ne rentrer dans aucun groupe a été une grande force, et il faut absolument que je le voie de nouveau comme ce qu’elle est : la liberté, la plus pure expression de mon être.

Aujourd’hui, je complexe de moins en moins de regarder des émissions débiles, de prendre du plaisir à m’occuper de mes artifices physiques, tout en continuant de creuser des sujets loufoques. Le regard le plus accusateur et le plus dur est le mien. Au fond, le reste du monde s’en fiche de moi. La seule qui s’auto-accule toute la journée, c’est bien moi. Je dois continuer de redevenir moi, me myself an I, pleine et entière dans ma personnalité, en essayant d’adoucir ce regard accusateur que j’ai à mon encontre.  Peu importe si j’affiche ou non cette personnalité et cette différence, mais il faut déjà que je l’assume seule en face à face avec moi-même.

Après tout, avant mes épisodes de zizgags à partir de 18 ans, n’avais-je pas une vie « normale » ? J’avais un cadre, même s’il débordait, et je l’étais, heureuse. Qu’est-ce qui fait un jour que j’ai pu penser prendre plaisir à cette souffrance, cette débauche ? Je me demande si l’habitude n’a pas pris le pas sur ma raison, et l’addiction à la sensation forte. J’ai regretté ma vie bohème, mes prises d’alcool, mes grandes initiatives de projet, les textes écrits lors de changement de vibration.

Tout le chemin que j’essaie d’accomplir aujourd’hui est ce changement de perception intérieure. Me nettoyer de tout ce qu’on m’a appris, ce qu’on m’a dit.  » La société de consommation, ce n’est pas bien « . Le fait d’assimiler la normalité à la banalité. Parce que oui, je vais faire une généralité, un bipolaire trouve une vie normale ennuyeuse, c’est pour ainsi dire la raison principale de l’arrêt de traitement, si on compte les effets secondaires bien-sûr. Le psychiatre m’expliquait que je risquais d’étouffer, sans ce « plus » +++ qui me faisait vibrer auparavant.

J’ai vite compris ce que ça signifiait. Vous vivez d’une certaine manière depuis votre naissance, et on vous demande d’acter autrement que votre nature, donc vous jugez cela « contre-nature »! Et c’est bien normal. Pour une adepte du changement (car adrénaline ++) on me demande de faire le changement et de troquer avec une vie stable… Mais une vie stable est-elle dépourvue d’adrénaline ? Est-elle forcément ennuyeuse ? Et puis qu’est-ce que tu appelles stable d’abord ?

Apprendre à aimer ma vie, qu’elle qu’elle soit, où que je sois, peu importe qui je suis. Toute la sagesse est déjà écrite, mais ce n’est pas la lecture d’ouvrages qui vous font incorporer directement les principes que le bonheur ce n’est pas la destination, mais le chemin. Ou bien que la modération et l’équilibre sont bien meilleurs que les excès, que la passion est une souffrance, à l’origine même de son étymologie, « pathos », souffrance. Plaisir éphémère. Pour qu’on t’aime, aime-toi toi-même.

Je n’aime pas lire des pavés de bons sentiments comme écrits ci-dessus avec aucun manuel pour incorporer. On me donne les ingrédients mais pas la recette. Débrouille-toi ! Facile de l’écrire les gars, si tu disais comment on trouve le bouton. Mais il n’y a pas de bouton, il faut que tu… Ta gueule ! 😉 Me dire ce genre de platitudes sans me l’expliquer de fond en comble, ou bien que je mène une enquête personnelle, revient à mes yeux à quasi de l’inutilité. Parce que déjà, je suis dans l’immédiat, dans l’impatience, dans la tension. C’est que je n’ai pas acquis encore les « grands principes » de la vie, comme la patience. J’ai une croyance qui est que oui, il y a des principes universels, et que chanceux sont ceux qui y accèdent.

C’est le travail d’un psychologue que de nous faire prendre du recul quant à notre manière de penser, du système dans lequel on est, en nous expliquant qu’on pourra peut être fonctionner dans un système différent si l’on a envie.

Pourtant, nous malades mentaux, handicapés psychiques, échauffés du bulbe, on a déjà eu plusieurs prises de conscience supplémentaires. Une prise de conscience que nous ne sommes pas maîtres totalement de nous-mêmes, lors de crises maniaques. Prendre conscience que la vie peut basculer du jour au lendemain, être brillant et avoir l’impression d’être réduit à néant. Il faut intégrer des médicaments, une étiquette, un nouveau mode de fonctionnement. J’ai toujours eu apparemment un caractère « fort », qui me permet de rebondir rapidement. 2 ans que je « sais », que je suis bipolaire, et j’étais encore bien impatiente de pouvoir me guérir.

Je vais aller vers la voie de la stabilité, qui reviendra à simplement essayer d’aimer ce que les autres aiment. Après tout, n’es-tu pas bien de te coucher à 9 heures ? N’aimes-tu pas cette petite tisane que tu prends, comme une mamie, avec du miel ? Ces vomissements à 5 heures du matin sur un parking où tu te maudissais d’avoir encore trop bu, sont-ils vraiment nécessaires aujourd’hui à ton bonheur ? Multiplier les partenaires, toujours plus étonnants, t-ont ils apporté autre chose que de la passion, intrinsèquement lié à la souffrance ?

Quand je tiens ce genre de discours, je prends du recul en me disant que mon cerveau essaie juste de se rassurer en essayant d’aimer ce qu’il considère être une vie de merde, par survie, parce qu’il sait que je ne peux plus faire autrement, en tout cas comme « avant ». Et alors ! Si me bercer d’illusion me permet d’être bien, alors je me dis : pourquoi pas ?

Je souhaite de tout cœur pouvoir ce soir cuisiner un repas, comme ma mère me l’a demandé, y prendre plaisir. Trouver un attrait dans le ménage, faire les papiers, faire un boulot qui ne fait pas rêver des millions de personnes, vivre dans un endroit qui ne fait également rêver personne. Vivre une vie qui ne fait rêver personne. On le sent, cet attachement que j’ai au regard de l’autre. Je le sens aussi, ce détachement bienfaisant qui vient avec, la recette de mes démarches pour l’intégration de ma vie actuelle. Pouvoir aimer le fait, qu’aujourd’hui, j’en suis à mon deuxième stage de récupération de points sur le permis.

Et alors, oui cela a coûté de l’argent, oui je prends sur deux jour de congés, oui je n’apprends quasiment rien de nouveau, oui j’entends des raisonnements qui me semblent débiles et pourtant je peux regarder cette journée totalement autrement. La pensée positive me direz-vous, exactement, mais pas se répéter stérilement pense positif, essayer de me concentrer sur l’ici et maintenant, en essayant de capter ces pensées parasites et de les laisser couler. Le premier stage de récupération de points pour le permis a été fait 1 mois après mon diagnostic de bipolarité. 2 ans plus tard, je me souviens l’état dans lequel j’étais. Habillée en noire, repliée sur moi, me trouvant avec ce que je jugeais être une bande d’abrutis, en dépression. Aujourd’hui volontairement je me suis mise en jupe comme j’aime, mes cheveux bouclés décontractés, avec l’optique d’y aller différemment. Quitte à y être, autant passer un bon moment. Et la journée s’est bien déroulée, j’ai extrait les enseignements car oui, j’ai appris, pas forcément dans des détails techniques de conduite, mais par l’observation des personnes, écouter leurs vies et points de vues, avoir le temps de rentrer dans ma tête et de penser.

J’ai pensé plusieurs fois à tous les stéréotypes qui me sont passés par la tête , aux qualificatifs que j’ai collé aux autres, et j’ai aussi pensé à l’image que je pouvais dégager par mon physique et mes paroles, ce jour-là. Car je n’ai rien cherché à prouver. Je me verrais de l’extérieur, je ne capterais aucunement l’intelligence (hop là on se lance des fleurs!) dont je peux faire preuve ni la sommité des expériences, la bipolarité, etc. Je ressemble typiquement à une fille du Sud, pomponnette comme aujourd’hui petit haut léger petite jupe et maquillage charbonneux, bien en chair, avec son accent léger, qui rit et qui dit des conneries.

C’est-là que me reviens en tête une phrase que j’ai eue avec une lectrice du blog de W. avec qui j’ai passé le fameux week-end d’hypersensible. A travers mes écrits elle a eu sa « L. imaginaire » noire, pleine de souffrance, et a du découvrir bêtement ce que les autres voient de l’extérieur, qui n’est pas en fait forcément en contradiction avec mon monde intérieur. D’apparente simplicité parce que j’aime rire, rester simple dans ma communication orale voire même familière, à l’écoute des autres par réelle curiosité et frétillement d’avoir pu établir un contact social, avec des petites piques de conneries parce que j’aime indiquer ma présence et participer. Je renferme un bouillonnement intérieur immense, des théories et des réflexions qui me dépassent (j’arrive à m’auto-étonner de savoir comme je vais loin), un passé extra-ordinaire. Alors je dois continuer de laisser passer ces étiquettes sur eux, comme ils les ont sur moi, parce que cette apparence là, c’est moi aussi.

Je râlais sur le fait qu’un professionnel de santé ait dit à ma mère que le trouble bipolaire était un trouble de l’identité. J’ai rué dans les brancards, il y a de cela 1 mois ou 2 en disant encore un connard de psy qui s’y connait de loin et qui lui-même ne vit pas la bipolarité au quotidien. Mais avec le recul, l’identité et moi, me myself and I…. Ce blog illustre qui je suis vraiment, cette palette de couleurs infinies, un peu de tout, beaucoup de rien, qui ne peut pas s’établir avec des grandes lignes ou qui en tout cas ne s’y reconnaît pas. Un pain de mie complet, un tout à l’égoût… Ma pensée est confuse tout en étant cohérente…

Je crois donc que je commence à me détacher de l’ego, à être bienveillante envers-moi même, à me stabiliser. Je n’ai pas besoin de briller comme cette étoile. Je n’ai pas besoin de publier un livre, quel qu’il soit pour que le monde entier me lise. Je n’ai pas besoin de faire un métier qui soit admiré. Je n’ai pas besoin de vivre à l’étranger. Je n’ai pas besoin d’accumuler richesses. Je n’ai pas besoin de prouver que j’ai de la réflexion, que je suis mature. Je n’ai rien besoin de me prouver.

J’aime l’état d’esprit dans lequel je suis quand j’écris à ce moment, au bon endroit, au bon moment, avec la bonne réflexion. Avec le lâcher-prise, la bienveillance envers moi-même, l’humilité, je suis à même d’être au monde.

La stabilité est intérieure, c’est ce que je n’avais pas compris.